SUR PHILIPPE NERICAULT-DESTOUCHES. XXIII
vient humilier la «c gloire » intraitable de son fils, le force à sMncllner devant ses haillons, et, après en avoir tiré un mouvement de tendresse filiale, se transfigure en un gentilhomme radieux, resplendissant de ses titres et de son innocence.
C'était la première fois que notre théâtre présentait, aussi complète, la combinaison du roman et de Tceuvre . comique, et il la présentait supérieurement opérée. Les proportions étaient observées avec une parfaite justesse. La comédie brillante s'égayait avec esprit et parlait naturellement la langue du plus grand monde. Le roman allait aux cœurs et y faisait tressaillir les fibres les plus humaines, à Taide de l'enthousiasme philosophique. Le public riait et pleurait, tour à tour, également charmé des deux contraires. On a dit que Quinault- Dufresne, Quinault-Tuffières, le glorieux en propre original, avait gâté le dénouement de la pièce en refusant par fierté d'y être puni ; je ne suis pas aussi certain qu'il ait eu tort. La punition de Tuffières est ' assez complète, quand il fait amende honorable aux genpux de son père. La pousser plus loin, lui faire man-| quer"sdh mariage avec Isabelle, serait détruire l'ouvrage de sa sœur et causer à celle-ci un grand chagrin; la« '■ pièce ne pouvait pas finir en laissant une douleur à la/ généreuse Julie.
Molière a fait semblant de punir Célimène, et malgré la dernière boutade d'Alceste, nous sommes bien sûrs qu'Éliante et Philinte le ramèneront à ses pieds. Tartufi'e même ne restera pas toujours en prison; Gléante lui souhaite de mériter la clémence du roi en détestant son vice. Mais que fais-je de citer Molière? Dalembert ne reconnaît pas au grand observateur de la vie l'honneur d'avoir mis le théâtre comique sur la voie des réalités sévères;. il lui reproche presque d'avoir négligé le pathétique dans « la situation déchirante » de la famille d'Orgon. A Destouches la gloire de ce pathétique nouveau! C'était le cri du dix-huitième siècle, et le retentissement prolongé de la première représentation du Glorieux, On peut juger de la chaleur du succès par l'effusion dont déborde au début la préface du poète :
« Cette comédie vient d'être reçue si favorablement du public, que je me croirais indigne des applaudissements dont il m'a honoré, si je ne m'efi'orçais pas de lui en témoigner ma reconnaissance. J'ose lui protester