SCÈNE IX
LYCANDRE, ARAMINTE, NÉRINE.
ARAMINTE
Eh, mon Dieu, d'où venez- vous, Lycandre? 11 y a un quart d'heure que je vous attends.
LYCANDRE.
J'allais au-devant de vous, Madame, quand un
qui ma paru men ennuyeuse, tience où j'étais de vous revoir.
ARAMINTE
Oh çà, le notaire est ici ; le contrat est dressé ; nous sommes d'accord, vous etmoi, sur les articles, il faut terminer ce soir; j'y suis résolue, et il ne s'agit plus que de votre décision.
LYCANDRE.
Gela sera bientôt fait; ainsi. Madame, permettezpour
à mes plus pressants intérêts. Je meurs d'impatience d'être informé....
ARAMINTE
Du succès de la pièce nouvelle, apparemment?
LYCANDRK.
Vous l'avez deviné. Pardonnez-moi cette faiblesse. Il ne nous faut qu'un instant pour conclure, et vous ne me refuserez pas la complaisance de m'apprendre ce qui vient de se passer à la comédie?
ARAMINTE
Est-ce que mes nièces ne vous en ont rien dit?
256 L*ENYIEUX.
LYCANDRE,
Je ne les ai pas vues. D'ailleurs, ce sont des innocentes qui approuvent tout ce qui leur plaît.
NÉRINE
Fi ! C'est ce qui plaît qu'il faut désapprouver.
LYCÂNDRE, à Araminte.
Cette fille-là se forme, au moins.
ARAMINTE
Assurément; mais mes nièces n'ont point de goût. Croiriez-vous bien que ces idiotes-là n'ont pas cessé de rire, pendant toute la représentation du Philosophe ?
LYCANDRE.
Cela est épouvantable! Apparemment que le parterre les a sifflées aussi bien que la pièce?
ARAMINTE
Le parterre, Monsieur? Vous ne lui pardonnerez jamais ce qu'il vient de faire.
LYCANDRE.
Ah, le traître 1 Qu'a-t-il donc fait?
ARAMINTE
D'abord, il a écouté avec un silence profond.
C'est qu'il s'ennuyait.
ARAMINTE
Ensuite, il a rompu ce silence par des applaudissements qui n'ont pas cessé pendant le pre^ mier acte.
LYCANDRE, en souriant.
Le second va nous venger.
ARAMINTE
Au contraire, il débute par une certaine Géliante qu'on avait annoncée pour une capricieuse, et quij d'abord, par ses saillies, a mis le public de si bonne humeur, que les éclats de rire ont pensé m'assourdir.
LYCANDRE.
Morbleu I peut-on rire de pareilles fadaises?
ARAMINTE
Le troisième acte n'a pas eu moins de succès : il a fait rire comme les deux autres; mais ce qui va vous surprendre. Monsieur, c'est gue le quatrième a commencé par une scène sérieuse, entre le philosophe et son père, et que cette scène a