SCÈNE X
LYCANDRE, BÉLISE.
BÉLISE
En vérité, Monsieur, je vous trouve fort plaisant de n'être pas venu à la comédie I
LYCANDRE.
Je vous prie de m'excuser; j'avais un mal de tête effroyable.
BÉLISE
Que ne me suiviez -vous ? Cela vous aurait guéri.
LYCANDRE.
Le bruit aurait augmenté mon mal.
BÉLISE
Est-ce qu'on sent du mal auprès de ce qu'on aime ? Car, ou vous m'avez menti mille fois, ou vous m'aimez éperdument. Vous m'avez priée de n'en rien dire; mais voici le moment de vous déclarer, et de me convaincre que vous ne m'avez pas trompée.
LYCANDRE.
Ma bouche a toujours été l'interprète de mon cœur.
BÉLTSE.
Il fallait donc venir à la comédie. Apparemment que vous me regardez déjà comme votre femme, et que vous craignez de paraître en public avec moi? Et quand vous serez mon mari, je veux que vous vous moquiez de la mode, et qu'on vous voie partout à ma suite : au cours, aux Tuileries, au bal, aux comédies, à l'opéra.
LYCANDRE,
A la foire même, si vous voulez.
Je veux que vous affrontiez les brocards des mauvais plaisants, et que vous me disiez sans cesse ; En face du public resserrons nos doux nœuds, Et prouvons aux railleurs, que malgré leurs ou- La solide vertu fait d'heureux mariages, [trages,
2e0 L ENVIEUX.
LYCANDRE.
Pouvez-vous?...
BÉLISE
Pesez bien ces vers, et les retenez par cœur ; ils sont
LYCANDRE.
Détestables.
BÉLISE
Fort bien, Monsieur; détestables je m'en souviendrai.
LYCANDRE.
Ohl point de dispute; je les trouverai comme il vous plaira.
BÉLISE
Et vous ferez bien. Vous savez que j*ai de l'esprit, ou du moins vous devez le savoir; et, si vous n'en convenez pas, il est inutile que vous m'épousiez ; car je vous déclare que je suis décisive, et que je n'attends point le jugement d'autrui pour régler le mien.
Souffrez que je vous dise...
BÉLISE
Par exemple, il y a mille gens qui me soutiennent que je ferai une folie si je vous épouse; cela ne me fait pas la moindre impression. Pourquoi? Parce au'on veut combattre mon goût, et que je le préfère à celui des autres.
LYCANDRE»
Rien n'est plus judicieux ; vous avez raison ; mais...
BÉLISE
Vraiment oui, j'ai raison. 11 y a encore une chose dont il est bon de vous avertir ; c'est que j'aime à parler, parce que je parle bien, et que le plus sûr moyen de me déplaire, c'est de m'interrompre. Or, je vois que messieurs les maris se donnent souvent les airs de faire taire leurs femmes. Gardez- vous bien d'en user de la sorte, ou ce sera le moyen de me faire parler jour et nuit.
LYCANDRE,
Vous m'avez déjà dit cela plus de mille fois.