SCÈNE XV
ARAMINTE, BÉLISE, ANGÉLIQUE, LE MARQUIS, LYCANDRE, POLIDOR, DORANTE, NÉRINE, LAQUAIS.
ANGÉLIQUE
Je viens vous dire, ma tante, que le notaire a fini, qu'il vous supplie de descendre au plus tôt, et qu'il commence à s'impatienter.
ARAMINTE
Il est bien pressé ! N'est-ce point vous, ma nièce, qui vous impatientez?
ANGÉLIQUE
Moi, Madame? l'e n'ai rien qui m'intéresse assez pour me causer de l'impatience. Mais le notaire...
ARAMINTE
Mais le notaire attendra, s'il lui plaît. Il soupe avec nous ; et un quart d'heure plus tôt ou plus tard ne peut préjudicîer à personne. Vous êtes une imprudente,manièce,de venir troubler une conversation si vive, pourun objet aussi léger que celui-là.
Je vous demande pardon. Madame, aussi bien qu^à la compagnie; mais le notaire...
ARAMINTE
Encore? Elle n'a que son notaire en tète !
NÉRINE
Ôh ! Madame, la vue d'un notaire qui dresse des contrats de mariage, frappe vivement l'imagination d'une fille.
ARAMINTE
Je m'en aperçois. Asseyez-vous, Mademoiselle, et gardez le silence. Messieurs, je vous prie de l'excuser, et de continuer la dissertation.
LYCANDRE.
Avouez, monsieur le marquis, que cette interrup-
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lion est venue bien à propos pour vous, et que vous ne pouvez justifier le titre de voire pièce.
LE MARQUIS
C'est ce qui vous trompe ; et je vous soutiens qu'il n'y a nen deçlus frivole que votre objection. Elle ne vient que ae l'idée que chacun s'est formée d'abord à l'annonce du titre ; mais il faut la restreindre à ce que vous promet l'auteur.
LYCANDRE.
Ne nous promet-il pas le philosophe marié?
Oui, mais non pas le mari philosophe.
POLIDOR
Ehl de grâce, Monsieur le marquis, faites-nous sentir la différence de ces deux titres.
LE MARQUIS
La voici. Le mari philosophe est un homme qui pense et qui agit en philosophe, tout marié qu'il est.
DORANTE.-
Cela est vrai.
POLIDOR
Nous vous passons cette définition.
LE MARQUIS
Le philosophe marié, c'est un homme qui était philosophe avant son mariage. Peut-être l'est-il encore, peut-être ne l'est-il plus que par intervalles ; et c'est ce que l'auteur vous a fait sentir, dès la seconde scène du premier acte; il faut observer cela, pour lui rendre justice. Ariste lit dans son cabinet, et se dit à lui-môme par réflexion :
Me voici justement, c'est la vive peinture D'un sage désarmé^ dompté par la nature.
Voilà son étatprésent qu'il établit, et c'est sur ce pîed-là qu'on doit l'envisager.
BÉLISE
En effet, quand la nature a pris le dessus sur la sagesse, la pauvre sagesse est bien faible.
Mais la faiblesse d'Ariste ne détruit point son caractère ; elle s'en rapproche de temps en temps. S'il n'est pas philosopne dans ses ridicules frayeurs, ne l'est-il pas dans tout le reste de ses actions?