SCÈNE I
LE COMTE, PASQUIN
LE COMTE
Ouï, quoîcfue à mes valets je parle rarement, Je veux bien en secret m'abaisser un moment. Et descendre avec toi jusqu'à la confideace.
3i8 LE GLORIEUX.
De ton attachement j'ai fait l'expérience;
Je te vois attentif à tous mes intérêts.
Et tu seras charmé d'apprendre mes progrès
PASQUIN
Je vois que vous avez empaumé le beau-père,
LE COMTE
Il m'adore â présent.
PASQUIN
J'en suis ravi.
LE COMTE
J'espère Que me connaissant mieux il me respectera. Et je te garantis qu'il se corrigera.
PASQUIN
Du moins pour le gagner vous avez fait merveilles, Et vous avez vidé presque vos deux bouteilles, Avec tant de sang-froid et d'intrépidité, Que le futur beau-père en était enchanté.
LE COMTE
Il vient de me jurer que je serais son gendre : Sa fille était ravie, et me faisait entendre Combien à ce discours son cœur prenait de part; Et moi j'ai bien voulu, par un tendre regard, Partager le plaisir qu'elle laissait paraître.
PASQUIN
Quel excès de bonté !
LE COMTE
Si son père est le maître, L'affaire ira grand train. Par mon air de grandeur J'ai frappé le bonhomme; il contraint son humeur, Et n'ose presque plus me tutoyer.
Cet homme Sent ce que vous valez; mais je veux qu'on m'as- Si vous venez à bout de le rendre poli, [somme,
LE COMTE
D'où vient?
^ PASQUIN. [pli.
C'est qu'il est vieux, et qu'il a pris son D'ailleurs, il compte fort que sa richesse immense, Est du moins comparable à la haute naissance.
LE COMTE
Il veut le faire croire, et pourtant n'en croit rien* Je vois clair; je suis sûr que, malgré tout son bien. Il sent qu'il a besoin de se donner du lustre^