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II NOTICE

jde comédiens de campagne, roulant pêle-môle parmi les paniers à costumes, dans les charrettes d*un nouveau Roman comique^ et aurait fini par s'arrêter en Suisse, où la Fortune, le trouvant directeur de théâtre, s'amusa, comme elle recommença le jeu avec Figaro, à le prendre plus ou moins coupletier et rimcur d'opéra-comique, pour le faire casse-cou d'ambassade et compagnon ministre.

Si la comparaison avec Figaro semble manquer de sérieux, au lieu de Figaro mettons Rotrou, qui débuta sans doute aussi par suivre, moitié poète, moitié comédien, d'obscures troupes de campagne, avant de devenir un jumeau de Corneille, et de mourir, lieutenant-civil de Dreux, non moins fièrement que ses héros tragiques.

N'oublions pas que Dalembert était un enfant naturel et que, volontiers, à ce titre, prévenu contre la famille, faute de la connaître, il est sujet à ne pas mieux connaître la vie qu'il prend pour un roman d'aventures.

La famille de Destouches répond, de son côté, qu'elle n'est pas sans avoir eu des poètes avant le nôtre, et que sa mère à lui, Marie Binet, femme de François Néricault- Destouches, descendait des Binet du Poitou, célèbres au seizième siècle, dont l'un avait écrit une tragédie de Médée,

S'il est vrai, comme on le posait en axiome dans les cénacles féminins après 1830, que tous les hommes de talent, disons tout do suite de génie, tiennent de leur mère, Philippe tenait déjà do la sienne l'influence secrète.

En réalité, son père, marié deux fois — Marie Binet était sa seconde femme — n'avait pas eu moins de douze enfants entre les deux ménages, et les garçons avaient tous pris le parti des armes. Quant à Philippe, on lui fit commencer ses études au collège de TQprs, d'où if vint les achever aux Quatre-Nations de Paris. Aux Quatre-Nations, le petit Tourangeau ne perdit pas son rang. Il le reprit à la tête de ses nouveaux camarades, et pour s'y établir par un coup de maître, il composa une tragédie des Macchabées.

La tragédie avait cinq actes; il n'en faut pas douter. Était-elle en vers latins ? Etait-elle en vers français ? Il ne faut pas non plus demander ce qu'on ne peut savoir. Il paraît qu'elle ne fut ni représentée (pas môme par

SUR PHILIPPE NÉRÎCAULT-DESTOtXHES. III

les élèves?) ni imprimée. Ce qui est certain, c'est que Destouches n'en avait pas le manuscrit, et que, vers la fin de ses jours, il regrettait d'avoir perdu ses Maçcha- \ bées « comme le premier jet de son génie. »

Ses études terminées, il avait dix-neuf ans, un Tourangeau comme lui, M. de Fritzlar, capitaine d'infanterie, lui offrit d'entrer dans son régiment ; il y entra, c'était suivre l'exemple de ses frères, et trois ans plus tard éclatait la guerre de la succession d'Espagne. Philippe y fit la campagne de 1702 et de 1703. Au siège de Landau , une mine de l'ennemi, qui fit explosion, l'enterra jusqu'à mi-corps dans les décombres d'un ouvrage avancé. A Fridlinguc, une blessure faillit lui faire faire défaut à sa future renommée littéraire ; mais i son étoile le sauva, et, avant de devenir poète, il apprit à devenir un homme en faisant bien son devoir de soldat.

Le poète allait bientôt avoir son tour. Comme il était en quartier d'hiver à Huninguc, les longs loisirs ne lui manquaient pas. Il les occupa de son mieux, tantôt lisant, tantôt s'essayant à rimer. Don Quichotte l'enchanta ; il y rencontra l'épisode du Curieitx impertinent et vit une pièce de théâtre dans la nouvelle de Cei*vantcs. Ce n'était pas un sujet de tragédie, cette fois ; mais l'auteur des Macchabées n'était plus à l'âge des tragédies de collège. II avait déjà vécu parmi les hommes ; il s'était assez rapproché de la société des femmes pour avoir senti s'éveiller en lui, au milieu d'un charme encore nouveau^ l'esprit de fine observation et de délicate critique. La tragédie lui avait au moins appris le dessein et l'ordonnance de l'œuvre théâtrale; il composa sa première comédie.

Il la lut d'abord dans l'intimité, sans penser peut-être qu'elle dût en sortir ; mais il n'y a pas de petit bruit dans le calme d'une petite ville, et le su'ccès ne va pas sans un peu de bruit. Le succès du Curieux imperti^ tient fut tout de suite la nouvelle des compagnies dont les lettres étaient encore le principal agrément. Les bonnes sociétés voulurent avoir Destouches avec sa pièce ; il en fit plusieurs lectures, toujours goûtées, et ce fut dans une de ces lectures qu'il eut l'avantage de connaître la marquise de Tibergeau, une femme d'un grand mérite elle-même, naturellement portée à aller au devant du mérite.

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