‹ Théatre choisiChapitre 4 sur 471 · IV NOTICE · texte numérisé non relu

IV NOTICE

' La marquise de Tibergeau ouvrit sa maison à Dostouches. Elle lui fit corriger et remanier le Curieux impertinent, jusqu'à ce que l'ouvrage lui parût en état d'être mis à la scène. A ce moment bien calculé, le marquis de Puysieux, frère de madame de Tibergeau, et notre ambassadeur auprès des treize cantons, devait rentrer en France et il y rentra en effet. Sa sœur avait préparé une grande fête pour son retour. Le Curieux impertinent en fit les honneui's. Brillante représentation, où la marquise joua le principal rôle de femme, et où Destouches prit lui-même le personnage de l'amoureux mal avisé, qui donne le nom à sa pièce.

Nous touchons ici à l'efi'et d'illusion et de mirage. Y a t-il eu surprise sur ce point? Ceux qui ont fait de Destouches un enfant de famille, fourvoyé par coup de tête parmi des enfants de la balle, et devenu plus tard directeur d'une troupe foraine, ont-ils pris le comédien de société pour un actçur de profession? ou, au contraire, ceux qui ont nié que Destouches ait jamais mis le pied sur les planches du théâtre public, ont-ils voulu donner le change, en dissimulant le comédien de profession sous le comédien de société ?

Encore une fois, je laisse la question en balance, non sans songer, malgré moi, à la bouffonnerie de Covielle, prêt à jurer que le père de M. Jourdain, loin d'avoir été marchand de drap, a toujours été un gentilhomme obligeant, achetant et revendant des étoffes en amateur, pour obliger ses amis.

Quoi qu'il en soit, que Destouches se soit présenté à M. de Puysieux, comme directeur d'une. troupe de campagne, exerçant à Soleure, avec un compliment des plus délicats et des plus gracieusement prononcés, ou qu'il lui ait été présenté par la marquise de Tibergeau comme le jeune auteur d'une comédie simple, agréable et de verte allure, ce qui est bien acquis, c'est que la réserve aimable et discrète de Destouches commença sa fortune. M. de Puysieux le prit en amitié, le détacha soit du théâtre, soit du service militaire, en fit son secrétaire particulier, et lui enseigna la science des négociations diplomatiques.

Toutefois, le jeune diplomate avait encore dos retours vers sa première et dernière vocation,sa constante vocation après tout, la comédie. Le Curieux impertinent était toujours là. Il avait eu deux fois les applaudissements

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