‹ Théatre choisiChapitre 341 sur 471 · LA BARONNE, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, ANGÉLIQUE

LA BARONNE, s'essuyant les yeux.

Oh çà, Mademoiselle, vous voyez qu'on n'appelle point ici de mes volontés, et que dès que je me suis mis quelque chose en tête, il faut que cela passe ; ainsi, point de raisonnement, et songez à m'obéir.

ANGÉLIQUE

Je me flatte que mon père ne souffrira point qu'on me mette au désespoir.

LA BARONNE

Votre père ne souffrira point? Vraiment, voilà de jolies expressions 1 Votre père ne souffrira point? Apprenez qu'il souffre tout ce qui me fait plaisir! Vous êtes une jolie mignonne, de vouloir que je me gouverne par l'autorité de votre père! Et où avez-vous pris cela, je vous prie? Est-ce que les femmes de Paris et de la cour sont si respectueusement soumises aux volontés de leurs maris ?

ANGÉLIQUE

Ce n'est pas la mode, je l'avoue ; et la plupart des femmes ont secoué le joug; mais, du moins, si elles aspirent à l'indépendance, c'est à décou-vert^ et elles ne se servent point des apparences d'une soumission respectueuse, pour usurper adroitement un pouvoir sans bornes. Vous prenez mon père par son faible; et je vois qu'il est de ceux que l'on gouverne despotiquement, pourvu qu'on ait l'art de leur faire croire qu'ils ne sont pas gouvernés,

LA BARONNE

Vos réflexions sont profondes; mais j'ai mauvaise opinion des fiUes qui ont l'esprit si prématuré, et je crois que ce n'est pas sans raison que je me dépêche de vous marier.

ANGÉLIQUE

Je ne serais point fâchée d'être pourvue, si vous daigniez me consulter sur la manière de me pourvoir. Je vois que mon sort dépend de vous ;

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