‹ Théatre choisiChapitre 346 sur 471 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

quée^ c'est que tu traites ton msdtre trop rudement.

L*OLIVE

C'est pour mieux cacher notre jeu. D'ailleurs, je vous avoue que je ne suis pas fâché de prendre un peu ma revanche. Quel plaisir pour un valet de chambre, d'appeller impunément son maître, maroufle, ivrogne, coquin, paresseux! Je rends aujourd'hui à Monsieur les belles épithètes dont il m'honore tous les jours.

LÉANDRE, riant.

Mon temps reviendra, laisse-moi faire. Mais, supprimons les discours inutiles. Laissez-moi jouir, belle Angélique, de la liberté qui me reste encore de baiser cette main qu'on veut me ravir.

ANGÉLIQUE

N'oubliez pas, au moins, de porter tous les matins un bouquet à ma mère !

l'olive.

Vous n'y perdrez pas vos pas, Nicolas.

ANGÉLIQUE

Tout de bon, Léandre, n'ôtes-vous pas flatté de cette commission?

LÉANDRE

En vérité, je vous admire. Comment pouvezvous être assez tranquille, pour me plaisanter dans l'élat où nous nous trouvons? Songez- vous que mon rival est sur le point d'arriver?

ANGÉLIQUE

Et de m'épouser, qui pis est; le danger est encore plus pressant que vous ne croyez. Ma mère veut qu'on signe aujourd'hui le contrat, et que la noce se fasse immmédiatement après.

LÉANDRE

Et c'est en riant que vous m'annoncez cette nouvelle? Ah! cruelle! pourriez-vous consentir à ma perte? Ce sera donc en vain que je vous aurai suivie secrètement depuis Paris jusqu'ici ; que nous nous y serons introduits, l'Olive et moi ; lui en qualité de jardinier, moi comme son valet; et qu'à la faveur de son déguisement, je me serai conservé le bonheur de vous voir? Une intrigue aussi bien imaginée, si heureusement conduite, n'aura d'autre succès que celui de me rendre

spectateur du triomphe de mon rival, et de me réduire au dernier désespoir, tandis que vous vous livrerez tranquillement à l'indigne époux que l'on vous destine 7 C'est donc là la récompense de ma fidélité ? Ce sont donc là les fruits de la foi que nous nous sommes donnée?

ANGÉLIQUE

Ah ! vous voilà monté sur le ton tragique I II vous sied fort hien, Léandre, et vous déclamez à merveille; mais je n'aime point ce ton-là. Rentrons dans le naturel. Le péril est pressant, je l'avoue ; cependant il n'est pas inévitable. Léandre, je vous aime plus que jamais, et je vous jure, sans emphase et sans exclamation, que je n'aimerai et n'épouserai jamais que vous. Voilà le premier point de mon discours.

l'olive.

Venons au second.

ANGÉLIQUE

Monsieur des Mazures arrive aujourd'hui pour m'épouser; et moi, j'ai deux moyens pour éviter ce malheur.

l'olive.

Primo ?

ANGÉLIQUE

De le dégoûter de ma personne, et de le forcer à rompre ses engagements. .

l'olive.

Fort bien. Secundo?

De me sauver d'ici parla petite porte du jardin dont j'ai la clef, et de* m'aller jeter dans un couvent, si le premier expédient ne réussit pas.

LÉANDRE

Hé! comment pourriez-vous réussir à dégoûter devons mon rival? Cela est impossible ; vous êtes trop parfaite I

ANGÉLIQUE

Ne vous aveuglez point» et laissez-moi faire ; mais il faut que, de votre côté, vous travailliez adroitement à faire revenir ma mère de ses préjugés pour lui.

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