‹ Théatre choisiChapitre 355 sur 471 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

LÀ BARONNE

Et moi, je veux que vous restiez. Maître Pierre, faites-lui donc comprendre qu'il me manque de respect I

L*OLIVE

Eh î Madame, laissez-le aller ; vous ne manquerez pas de garçons jardiniers.

LA BARONNE

Je n'en manquerai pas, je Tavoue; mais je n'en trouverai point qui me convienne comme celui-ci. Tu m'as assuré qu'il savait le métier en perfection?

l'olive.

S'il le sait, Madame? C'est le meilleur ouvrier de France. Tout le défaut qu'il a, comme je vous l'ai dit, c'est qu'il est paresseux.

LA BARONNE

Oh ! je le corrigerai de ce défaut-là ; il est jeune, il se formera. Entre nous, maître Pierre, ce petit air de fierté qu'il vient de prendre ne lui sied pas mal. Je ne sais si je me trompe, mais je lui trouve du noble et du gracieux.

Et moi aussi. Tenez, tenez ; remarquez comme il vous regarde. Je gage, morgue, qu'il n'a pas plus d'envie de s'en aller, que vous de le chasser d'ici !

LA BARONNE

Crois-tu cela?

l'olive.

Je vous en réponds.

LA BARONNE

Eh bien! qu'il me demande pardon bien... tendrement, bien respectueusement, je veux dire, et j'oublierai ses impertinences.

l'olive.

Écoute, Nicolas? il n'y a qu'un mot qui sarve : Madame est fâchée contre toi ; mais aile est fâchée d'être fâchée. Allons, demande-lui pardon, bien tendrement... N'est-ce pas, Madame?

LA BARONNE

Tendrement, respectueusement; comme il voudra.

LÉANDRE

Pardon ! Je n'en ferai riau ; aile est trop affolée de son monsieur des Mazures !

l'olive.

Ça est vrai. Mais, que veux-lu, Nict las? Quoiqu'il ne soit pas digne de son estime, aile croit que c'est un homme merveilleux.

Li? Morgue, ce n'est qu'un bavard, et un éçarvellé, un diseux de rians I

l'olive.

Ça est vrai, ça est vrai ; mais Madame ne voit point tout ça.

LÉANDRE

Ventreguai, c'est ce qui me fâche !

l'olive, à la Baronne.

Vous voyez qu'il n'y a pas moyen de le convartîr sur votre gendre ; il s'est pris d'avarsion pour li.

LA BARONNE

Mais d'où vient cela? Mon cousin me paraît si aimable !

LÉANDRE

Vos yeux sont donc bian différents des mians? J'ai vu biaucoup de biaux messieurs, mais je n'en ai point vu de si maussade que c'ti-là.

LA BARONNE

Vous verrez que c'est ma fille qui l'a prévenu contre mon cousin I

LÉANDRE

Non, pargué, c'est li-môme. Votre fille? v'ia encore une belle mijaurée ! Je me soucie bian de ce qu'aile pense. Il n'y a que vous qui pissiez me faire penser ce que vous voulez; excepté, sur monsieur des Mazures, da. Tatigué,le sot animal!

LA BARONNE

Oh! c'en est trop; et vous sortirez...

l'olive, bas àLéandre.

Raccommodez-vous. Ceci va trop loin.

LÉANDRE, bas à l'Olive.

Ne crains rien : je me raccommoderai quand il me plaira. Je tiens la bonne femme.

LA BARONNE

Que dit-il ?

l'olive.

Il dit qu'il vous pardonne.

LA BARONNE

Comment, qu'il me pardonne ?

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