ACTE II, SCÈNE V
sympathise pas avec moi, qu'il est impossible que l'aimant n'attire pas le fer.
LA BARONNE
Supposons tout ce que vous croyez ; il est certain, cependant, que vous avez un rival dangereux ; qu'on croit qu'il est en ce pays-ci, et qu'il est nomme à vous insulter : ainsi tenez-vous sur vos gardes. Vous rêvez ?
Elle a beau se tenir en garde, L'Amour, ce petit dicv qui darde.
Saura si bien darder son cœur, Que le mien, tôt ou tard, s'en rendra possesseur. LA BARONNE.
Ohl VOUS m'impatientez I Vous rêvez et vous faites des vers, au lieu de profiter de l'avis que je vous donne.
M. DES MAZURES.
Excusez, ma chère cousine, je pelote, en attendant partie. J'ai une si haute idée de l'esprit de mademoiselle votre fille, que je tends tous les ressorts du mien, pour ne pas demeurer court avec elle : cette pensée m'occupe uniquement, et |e serai incapable de vous écouter, jusqu'à ce que j'aie étalé tout mon mérite à ses yeux.
LA BARONNE
La voici fort à propos : au premier mot, elle va vous convaincre qu elle est encore au-dessus de sa réputation, et qu'il n'y a point de fille en France qui ait plus d'esprit qu'elle. Au reste, je compte sur votre discrétion; c'est pourquoi je vous laisse ensemble.
M. DES MÂZURES.
Ne craignez rien, ma cousine, le corps n'aura point de part à cette entrevue; ce ne sera qu'un assaut d'esprit. Tout mon embarras est de savoir si j'attaquerai son cœur en vers ou en prose.
LA BARONNE
En prose, et point de vers, si vous m'en croyez. Ma fille, comme Monsieur doit être ce soir vôtre mari, je vous laisse un moment avec lui, afin qu'il puisse voir que le portrait qu'on lui a fait de vous n'est point flatté. Faites bien les honneurs de votre esprit, et songez que mon cousin sera dé-
Destouches. 2i 'i
sormais l'unique personne à qui vous devez tâcher de plaire.