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ACTE III, SCÈNE lY

BABET

Ah ! ne jurez pas ; vous me feriez peur.

M. DES MAZURES.

Eh bien I je vous donne ma parole de gentilhomme que personne ne saura ce que vous m'aurez dit.

BABET

Gela suffit. Mais, voyez, je vous prie, si personne ne nous écoute ?

M. DES MAZURES.

Je m'en vais regarder de tous les côlés.

BABET, à part.

Et moi, je m'en vais t'en donner de toutes les couleurs.

M. DES MAZURES.

Oh çà, nous sommes parfaitement seuls. Ne me cachez rien, ma petite poule ?

BABET

Je m'en ferais conscience. Il n'y a rien de plus vrai que ma sœur est imbécile.

M. DES MAZURES.

Je l'ai bien senti d'abord. Testebleu! que j'ai bon nez I

Elle avait près de douze ans, qu'elle ne pouvait encore, ni marcher, ni parler.

M. DES MAZURES.

Oh ! oh! je ne savais pas celui-là.

BABET

C'est à cause de cela que mon papa et ma maman l'envoyèrent à Paris, afin que ma tante la fît un peu dégourdir.

M. DES MAZURES.

Fort bien. Voilà encore ce qu'on m'avait caché.

BABET

Ma tante eut toutes les peines du monde à la iaire parler; mais, dès qu'elle sut parler, ma tante aurait voulu qu'elle fût redevenue muette.

M. DES MAZURES.

A cause de sa bêtise ?

BABET

Vous l'avez deviné. Il venait tous les jour» de beaux messieurs chez ma tante.

M. DES MAZURES.

Eh bien ?

BABET

Eh bien I elle les priait de donner de Fesprit à ma sœur. Croiriez- vous bien qu'ils n'en ont jamais pu venir à bout !

M. DES MAZURES.

Parbleu I voilà une bêtise bien incurable I

BABET

Assurément; car, lorsque nous sommes revenues ici, mon papa et ma maman l'ont trouvée encore plus sotte, que quand elle en est partie.

M. DES MAZURES.

Cependant, ils prétendaient me persuader qu'elle avait de l'esprit comme un ange f

BABET

C'est qu'ils voulaient vous attraper, pour s'en défaire.

M. DES MAZURES.

Je m'en suis douté. Que je suis heureux d'avoir tant d'esprit !

BABET

Comme ils ne se défient pas de moi, parce que je suis une enfant, ils disent devant moi tout ce qu'ils pensent. Ah! qu'ils sont fâchés que ma sœur ait eu une conversation avec vousl Ils comptaient que vous les croiriez sur leur parole, et que vous 1 épouseriez, avant que d'avoir sondé son esprit... ou que vous la trouveriez assez jolie, pour passer sur sa bêtise.

M. DES MAZURES.

Diable! Que je n'étais pas si sot! On n'attrape pas comme cela le seigneur des Mazures ! A qui vendent-ils leurs coquilles?

Ohçà, vous voilà bien instruit? Si vous me trahissez, je ne vous dirai plus rien.

M. DES MAZURES.

Comptez, mon petit ange, que j'aimerais mieux mourir, que de vous commettre.

BABET

Vous seriez cause qu'on me fouetterait jusqu'au sang.

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