ACTE I, SCÈNE III. 4SI
FINETTE
Eh bien ! il faudra voir jusqu'où va cette ardeur.
LE COMTE
Commençons par savoir si l'aimable Finette Voudra parler pour moi?
FINETTE
Tout ce qui m'inquiète, C'est que si je vous sers, je vous donne moyen De trahir votre ami.
Bon ! cela ne fait rien :
Cléon est un ami si fou, si ridicule, Que l'on peut le berner sans le moindre scrupule.
FINETTE
Je croyais, moi, jugez de ma simplicité, Que l'on devait rougir de la duplicité : Que trahir son ami, c'était faire un grand crime, Et que rien n'assurait plus dé gloire et d'estime, Que de s'immoler môme aux droits de l'amitié !
LE COMTE
Morale surannée !
FINETTE
Oui?
LE COMTE
Cela fait pitié.
On suivait, autrefois, cette fade méthode. Aujourd'hui, les amis ne sont plus à la mode : Les hommes sont unis par le seul intérêt. L'amitié n'est qu'un nom.
FINETTE
Cette mode me plait ; Et de là, je conclus, en dépit des scrupules, Que les honnêtes gens sont de francs ridicules. Çà, venons donc au fait.
LE COMTE
Le fait est que j'adore Ta charmante maîtresse ; et je dis plus encore. C'est que me voilà prêt à la servir en tout, Si de m'en faire aimer tu peux venir à bout.
FINETTE
Sans vous promettre rien, je ferai mon possible ; Mais, comme à l'intérêt elle est peu sensible, Le moyen de gagner son inclination.
C'est que vous nous aidiez à ruiner Cléon ;
Je veux dire, Monsieur, à placer dans nos coffres Son argent, ses bijoux
LE COMTE
Vous prévenez mes offres.
S'il ne tient qu'à cela, Julie est à moi.
FINETTB.
Bon 1 Je vais donc attaquer la bourse de Gléon : Secondez mon adresse ; et ma reconnaissance Ne fera pas longtemps languir votre espérance. Il vient ; souvenez-vous...
LE COMTE
Je suis homme réel.