SCÈNE PREMIÈRE
GÉROiNTE, JULIE, LE BARON.
GÉRONTE, à Jvdie.
En vertu de mon seing, et du seing du notaire, Vous voilà de mes biens unique légataire. Que le ciel me punisse et m'abîme à Tinstant, Si dans mes volontés je ne suis pas constant. Et si du testament je révoque une ligne!
JULIE
Je sais par quel moyen je dois m'en rendre digne, Monsieur, et je vous jure aussi de mon côté...
GÉRONTE
N'achevez pas. Je veux qu'en pleine liberté [gage, Vous possédiez mes biens, sans que rien vous en- Envers qui que ce soit, au plus petit partage, Et (jue mon neveu môme apprenne le premier Qu'il ne doit plus compter d'être mon héritier.
LE BARON, à Géronte.
Vous avez très grand tort.S'il n'a plus rien à craindre, Dans ses égarements qui pourra le contraindre? Vous éliez le seul frein qui le retînt un peu. Otez-lui ce frein-là, vous allez voir beau jeu !
JULIE
Tant mieux pour lui !
JULIE
Oui ; car pour moi, j'opine Que pour se corriger il faut qu'il se ruine. Alors ses faux amis, ses lâches séducteurs. Le laisseront en proie aux remords, aux douleurs ; 11 ouvrira les yeux, il connaîtra les hommes ; Et s'étant convaincu que le siècle où nous sommes N'est que corruption, intérêt, fausseté, Lui-même il blâmera sa prodigalité.