SCÈNE PREMIÈRE
VALÈRE, PASQUIN
VALÈRE
Tu vois présentement, Pasquin, si j'avais tort de m'emporter contre lui? Vouloir épouser Julie I Cela crie vengeance !
PASQUIN
Mais au fond, de quoi vous plaignez -vous? Julie ne vous est pas destinée, et votre père n'a d'autre
tort en ceci que celui d'avoir perdu le sens et la raison.
VALÊRE.
Oh! parbleu! j'aurai soin de son honneur, et je ne souffrirai pas qu'il fasse une sottise!
PASQUIN
Voilà un fils d'un bon naturel!
VALÈRE
Ce qui me ravit, c'est que Julie implore mon secours. C'est que je vais faire enrager mon pèrel
PASQUIN
L'entreprise est louable.
VALÈRE
Tiens, vois-tu, pour avoir Julie, j'affronterais le diable présentement.
PASQUIN
Nous verrons si vous affronterez le bonhomme.
Oh! je t'en réponds. Ce n'est pas que je sois fort entêté de Julie. Si mon àessein n'a pas un heureux succès, je ne m'en désespérerai point, et je rabattrai sur Angélique. Mais je me fais un plaisir de traverser mon père. Il me querelle sans cesse : il ne me donne point d'argent; je mourais d'envie de m'en venger. En voici l'occasion, je ne la manquerai pas. Je veux être aussi assidu auprès de Julie, faire autant de démarches pour l'obtenir, que si je l'aimais à la fureur.
PASQUIN
Savez- vous ce qui arrivera de tout cela? Vous désolerez Lisimon.
VALKRK.
Vous n'obtiendrez point Julie.
VALÈRE
Je m'en consolerai.
PASQUIN
Et Angélique vous plantera là.
VALÈRE
Je l'en défie; je connais son faible pour moi. Lorsqu'une femme s'avise de m'aimer, cela tient furieusement. En tout cas, le plus grand malheur