JULIE, NÉRINE
NÉRINE
Je VOUS soutiens que j'ai raison, et que vous ne sauriez mieux faire que de suivre mes conseils.
JULIE
Tu as bien changé depuis une heure. Personne ne me parlait plus vivement que toi contre Valère, et tu veux présentement que je Tépouse.
NÉRINE
C'est que je suis lasse de voir que vous vous morfondiez en attendant un petit infidèle. 11 n'y a rien déplus triste que l'état d une fille : vous l'êtes depuis vingt-cinq ans, et il y en a plus de six que vous enragez de l'être. De vingt-cinq à trente, Tintervalle est court; insensiblement, une fille arrive à quarante : la solitude, où elle commence à se trouver alors, lui fait connaître que le tem^s passé ne revient plus ; elle enrage de n'en avoir pas profité. Tout l avertit qu'elle est dans son automne, triste automne qui ne porte point de fruits, et la menace d'un hiver prochain qui n'en produira jamais.
JULIE
Je ne t'ai jamais vue si éloquente; et l'exhortation que tu viens de me faire est une oraison dans toutes les formes.
Prenez garde que ce ne soit l'oraison funèbre de vos charmes.
JULIE
J'en ai fort peu, Nérine, et je sens bien que ce peu doit diminuer après un certain temps; mais j'aime beaucoup mieux n'être point pourvue, que d'épouser un homme que je n'aime pas.