ACTE III, SCÈNE I
NÉRINE
Âh 1 si TOUS saviez ce que c*est que d'être fille toute sa YÎe.
JULIE
Le grand malheur I Ne semble-t-il pas qu'un mari soit quelque chose de bien précieux? Je sais ce qui se passe dans le monde. Qu'est-ce qu'un mari ? C'est un homme qui tous a aimée, tout au plus y lorsque vous n'étiez pas sous ses lois, et qui vous honore de son indifférence du moment que vous y êtes. Si, par un miracle qui ne se voit guère , il vous aime encore après le mariage, c'est le censeur de tous vos discours, c'est le contrôleur de toutes vos actions. Le beau plaisir de se marier pour être méprisée, ou pour essuyer d'éternelles persécutions !
NÉRINE
Fort bien. Vous déclamez contre le mariage, et vous voudriez en courir les risques avec Léandre.
JULIE
Oui, parce que je l'aime de tout mon cœur, et qu'il faut qu'une fille se marie. D'ailleurs, je suis fortement persuadée que j'aurais moins ae chagrins avec lui qu'avec un autre.
NÉRINE
Mort de ma vie I ne vous y fiez pas ; il n'y a qu'une âme pour tous les maris. Mais, supposons 1 impossible, je ne vois nulle apparence à votre bonheur : Léandre ne revient point; selon mes conjectures, il ne reviendra jamais. Avec toutes vos chimères, vous mourrez fille, c'est moi qui vous le prédis.
JULIE
Eh bien ! je mourrai ma maîtresse.
NÉRINE
Cependant, vous avez donné votre parole à Valère.
JULIE
Oui, s'il obtient le consentement de la comtesse. Je la connais, elle ne le donnera jamais; et Léandre aura le temps d'arriver avant que tout ceci soit terminé.
NÉRINE
Le faux-fuyant est admirable ; mais Dieu sait si
9 2 l'obstacle 1B£PRÉVCJ.
Lisimon l'approuvera. Il fulminera contre vous. Le voici. Vous allez voir beau jeu.