‹ Théatre choisiChapitre 36 sur 155 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

EUSÈBE, cuRCio, toits Us tUttx Vépée à la main,

CURCIO.

Nous voilà seuls tous les deux ; que le ciel soit béni d'avoir bien voulu remettre la vengeance & bras, et de n'avoir pas chargé des maitis ' de punir mon injure, ni une épée étrangère i donner la mort. •

EUSÈBE

Le ciel n'a pas été, en cette occaaèpn, irrité contr moi, en me faisant vous rencontrer, Curdo. Car votre cœur est venu blessé, il retournera ch&tié

82 LA DÉVOnON A LA CROIX.

vaincu, quoique je ne sais quel sentiment respectueux vous m'avez inspiré, qui fait que je redoute plus votre courroux que votre épée ; et quand bien même vos menaces pourraient m'effrayer, je ne tremble que quand je regarde vos cheveux blancs ; ils me rendent lâche.

CURCIO.

J'avoue, Eusèbe, que tu as pu diminuer en moi en grande partie la colère qui me fait te regarder à travers mon injifte ; mais je ne veux pas que tu t'imagines imprudemment que mes cheveux blancs te fassent trembler, quand ma valeur peut le faife. Recommence à te battre ; aucune étoile, aucun signe favorable ne suffit à me faire renoncer à la vengeance que je tiens. Recommence à te battre.

EUSÈBE

Moi avoir peur ? Vous avez pensé inconsidérément que j'éprouve de la t:rainte, quand c'est du respect. Quoi qu'il en soit, à vous dire vrai, la victoire que je désire, c'est de vous demander pardon, soumis à vos pfeds. J'y dépose mon épée, qui en a fait trembler tant d'autres.

cuRao.

Eusèbe, m ne dois pas croire que j'aie lé courage de te tuer désarmé. Voici mon épée. {A part.) Ainsi je renonce à l'occasion de lui donner la mort.(Ha«/.) Viens dans mes bras. (I/f s* embrassent)

EOSÈBE.

Je ne sais quel effet vous avez produit en moi ; mon cœur, dans ma poitrine, malgré mes sentiments de vengeance et de courroux, envoie des larmes dahs

mes yeux. Dans le trouble que j'éprouve, je voudrais, pour vous venger, me donner la mort. Vengez-vous sur moi ; ma vie est à vos pieds, seigneur, elle est à vous.

cuRao.

Le fer d'un gentilhomme, même offensé, ne se souille pas du sang d'un adversaire qui se rend. C'est perdre en grnnde partie sa gloire, que de ternir sa victoire en versant le sang.

{Ou eniâfid en cUdans ces mots : Les voici.)

CURCIO.

Mes gens victorieux viennent me chercher, quand les tiens épouvantés ont pris la fuite. Je veux te donner la vie. Cache-toi. En vain je m'opposerais à la soif de vengeance d'une troupe de villageois, et seul tu ne pourrais défendre ta vie.

EUSÈBE

Moi, Curcio, je ne fuis jamais devant le pouvoir d'un -autre, quoique j'aie tremblé devant le vôtre. Si ma main reprend cette épée, vous verrez combien mt valeur, qui me manque contre vous, me restera contre vos gens.

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