‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 145 sur 488 · SABINE, HORACE, PROCULE · texte numérisé non relu

SABINE, HORACE, PROCULE

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère? 1335

Viens voir mourir ta sœur dans les bras df ton père;

Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux :

Ou si tu n'es point las de ces généreux coups,

Immole au cher pays des vertueux Horaces

Ce reste malheureux du sang des Curiaces. 1340

Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur;

Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur;

Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères;

Je soupire comme elle, et déplore* mes frères :

Plus coupable en ce point contre tes dures lois, 1345

Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois,

Qu'après son châtiment ma faute continue -.

HORACE

Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.

Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié ,

Et ne m'accable point d'une indigne pitié. 1350

Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme

Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme,

Ê'est à toi d'élever tes sentiments aux miens.

Non à moi de descendre à la honte des tiens.

Ji' t'aime, et je connais la douleur qui te presse*; i35»

Embrasse ma vertu3 pour vaincre ta faiblesse,

Participe à ma gloire au lieu de la souiller.

Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.

Es-tu <le mon honneur si mortelle ennemie,

1. Ce qui fait d'Horace uu véritable monstre moral , c'est moins le meurtre même que l'apologie qui le suit. Du héros des premiers actes, l'orgueil a fait insensiblement un fanfaron du crime.

2. Les plaintes de Sabine reposent et rafraîchissent. On se soulage à entendre le langage de la nature et de l'humanité.

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