SABINE, HORACE, PROCULE
SABINE
A quoi s'arrête ici ton illustre colère? 1335
Viens voir mourir ta sœur dans les bras df ton père;
Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux :
Ou si tu n'es point las de ces généreux coups,
Immole au cher pays des vertueux Horaces
Ce reste malheureux du sang des Curiaces. 1340
Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur;
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères;
Je soupire comme elle, et déplore* mes frères :
Plus coupable en ce point contre tes dures lois, 1345
Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois,
Qu'après son châtiment ma faute continue -.
HORACE
Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.
Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié ,
Et ne m'accable point d'une indigne pitié. 1350
Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme,
Ê'est à toi d'élever tes sentiments aux miens.
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Ji' t'aime, et je connais la douleur qui te presse*; i35»
Embrasse ma vertu3 pour vaincre ta faiblesse,
Participe à ma gloire au lieu de la souiller.
Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.
Es-tu <le mon honneur si mortelle ennemie,
1. Ce qui fait d'Horace uu véritable monstre moral , c'est moins le meurtre même que l'apologie qui le suit. Du héros des premiers actes, l'orgueil a fait insensiblement un fanfaron du crime.
2. Les plaintes de Sabine reposent et rafraîchissent. On se soulage à entendre le langage de la nature et de l'humanité.