‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 149 sur 488 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

le vieil HORACE, HORACE

LE VIEIL HORACE

Retirons nos regards de cet objet funeste 2,

Pour admirer ici le jugement céleste :

Quand la gloire nous enfle , il sait bien comme il faut

Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut : 1406

Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse;

Il mêle à nos vertus des marques de faiblesse,

Kt rarement accorde à notre ambition

L'entier et pur honneur d'une bonne action. 1 ho

Je ne plains point Camille; elle était criminelle3;

Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu'elle :

Moi, d'avoir mis au jour un cœur si peu romain;

Toi , d'avoir par sa mort déshonoré ta main.

1. Cette scène n'atteint nullement le but que Corneille semble s'être proposé, celui d'atténuer notre horreur pour le • meurtrier : les propos galants qu'Horace adresse à Sabine, les mains encore teintes du sang de sa sœur, ne sont pas moins odieux que ridicules. Il faut, pour s'expliquer de telles fautes de goût, se rappeler la rude génération des contemporains de Corneille et leurs actes de froide bru-

talité mêlés à tous les raffinements de la galanterie.

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