ACTE II, SCÈNE I
Et devait cette gloire aux mânes d'un tel homme, Remporter avec eux la liberté de Rome. ">"o
Ce nom depuis longtemps- ne sert qu'à l'éblouir, El sa propre grandeur l'empêche d'en jouir. Efepuis qu'elle se voit la maîtresse du monde, Depuis que la richesse entre ses murs abonde. Et que son sein, fécond en glorieux exploits, sis
Produit des citoyens plus puissants que des rois, Les grands, pour s'affermir achetant des suffrages. Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gages, Qui par des fers dorés se laissant enchaîner, Reçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner. 580
Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues. Ainsi de Marius Sylla devint jaloux; César, de mon aïeul ; Marc- Antoine , de vous : Ainsi la liberté ne peut plus être utile S8.5
Qu'à former les fureurs d'une guerre civile, Lorsque par un désordre à l'univers fatal, :L'un ne veut point de maître, et l'autre point d'égal !.
Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'unisse jEn la main d'un bon chef à qui tout obéisse 590
Si vous aimez encore à la favoriser, Otez-lui les moyens de se plus diviser. Sylla. quittant la place enfin2 bien usurpée, i.N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir, 593 S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide , Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains, Si César eût laissé l'empire entre vos mains? 600
Vous la replongerez, en quittant cet empire, Dans les maux dont à peine encore elle respire; Et de ce peu, Seigneur, qui lui reste de sang, Une guerre nouvelle épuisera son flanc.
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; 603
1. L est César, et l'autre Pompée, au témoignage de Lucain dans la Pharsale (1.155). .V»c quemquam jam Ibrrepotest C'œsarve priorem Pompeiuste parem.