Enfin , mot essentiel que Toltaire
prend pour une cheville, exprime bien les longs efforts de Sylla, sitôt suivis d'un profond dégoût pour le pouvoir absolu. Cf. Montesquieu, Dialogue de Sylla et d'Eue rate.
CINNA
Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche ;
Considérez le prix que vous avez coûté :
Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté;
Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée1;
Mais une -juste peur tient son àme effrayée : l
Si , jaloux de son heur *, et las de commander.
Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder,
S'il lui faut à ce prix en acheter un autre,
Si vous ne préférez son intérêt au vôtre,
Si ce funeste don la met au désespoir, l
Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir.
Conservez-vous, Seigneur, en lui laissant un maître
Sous qui son vrai bonheur commence de renaître:
Et pour mieux assurer le bien commun de ton-.
Donnez un successeur qui soit digne de vous. 8
AUiJl.'STK
N'en délibérons plus , cette pitié remporte. Mon repos m'est bien rhpr, ma^ n^^.-. Q^f ];1 ^\}]^ fm-ip- " Jbit quelque grand malheur qui m'en puisse arriver. Je consens à me perdre afin de la sauver. Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire : I
Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire: Mais je le retiendrai pour vous en faire part. Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour moi de fard -, Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne. Regarde seulement l'État et ma personne. Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits. Et vous allez tous deux en recevoir le prix. Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile; Allez donner mes lois à ce terroir fertile : Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez, Et que je répondrai de ee que vous ferez. Pour épouse, Cinna , je vous donne Emilie: Vous savez qu'elle tient la place de Julie, Et que si nos malheurs et la nécessité
1. On ne saurait excuser Lucain de oaelqne bassesse, quand il dit de même à Néron (Pharsale. 1,37) : « Le crime et le sacrilège n'ont pas payé trop cher le bonheur de vous posséder. » Mais le moyen de ne pas trouver plus odieux encore un républicain , comme Cinna, prosterné aux genoux d'Auguste et débitant des riaeorneries
qui sout en mOme temps des impos tures!
2. Cette noble confiance d'August* achève de nous rendre suspect 1 portrait que Cinna nous avait trao de lui au 1er acte. Le rrran perfide altéré de sang, qu'où nous a dépeint est an moins sur la voie d'une pro fonde transformation morale.