ACTE I. SCENE I
r.HIMKNE
Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois
Ce qui te l'ait juger qu'il approuve mon choix;
Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois prendre;
Un si charmant discours ne se peut trop entendre;
Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour
\a douce liberté de se montrer au jour.
■jue t'a-t-il répondu sur la secrète brigue
nue l'ont auprès de toi don Sanche et don Rodrigue?
N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité
Entre ces deux amants me penche d'un côté?
ELVIRE
Non; j'ai peint votre cœur dans une indifférence
Qui n'enfle d'aucun d'eux ni détruit l'espérance,
Et sans les voir d'un œil trop sévère ou trop doux,
Attend l'ordre d'un père à1 choisir un époux.
Ce respect l'a ravi, sa bouche et son visage
M'en ont donné sur l'heure un digne témoignage ;
Et puisqu'il vous en faut encor faire un récit,
Voici d'eux et de vous ce qu'en hâte il m'a dit :
» Elle est dans le devoir; tous deux sont dignes d'elle,
« Tous deux formés d'un sang noble, vaillant, fidèle,
« Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux
« L'éclatante vertu de leurs braves aïeux.
« Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage
« Qui d'un homme de cœur ne soit la haute image ,
« Et sort d'une maison si féconde en guerriers,
« Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers.
« La valeur de son père en son temps sans pareille,
« Tant qu'a duré sa force, a passé pour merveille;
« Ses rides sur son front ont gravé ses exploits-'.
<• Et nous disent encor ce qu'il fut autrefois.
« Je me promets du tils ce que j'ai vu du père;
• Et ma fUle, en un mot, peut l'aimer et me plaire. »
11 allait au conseil , dont l'heure qui pressait 3
A tranché ce discours qu'à pi'ine il commençait;
Mais à ri' peu de mots je crois que sa pensée
Entre \<>- deux amants* n'est pas fort balancée.
2. Vers parodié au début des Phtideurt. « Ne tient-il qu'à un jeuue homme , disait Corneille non sans dé-
pit, de venir tourner eu ridicule les plus beaux vers des gens? » (Menagiana 3 . 306. > 3. Va): qu'il pressait (1660).
Le roi doit à son fils élire un gouverneur,
Et c'est lui que regarde un tel degré d'honneur ;
Ce choix n'est pas douteux, et sa rare vaillance 45
Ne peut souffrir qu'on craigne aucune concurrence.
Comme ses hauts exploits le rendent sans égal,
Dans un espoir si juste il sera sans rival :
Et puisque don Rodrigue a résolu son père
Au sortir du conseil à proposer l'affaire , .^o
Je vous laisse à juger s'il prendra bien son temps.
Et si tous vos désirs seront bientôt contents.
CHIMÈNE
Il semble toutefois que mon âme troublée,
Refuse cette joie, et s'en trouve accablée.
Un moment donne au sort des visages divers ', j5
Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers.
ELYIRE
Vous verrez cette crainte heureusement déçue.
CHIMÈNE
Allons, quoi qu'il en soit, en attendre l'issue.