‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 2 sur 488 · Horace, Y, 431 sq · texte numérisé non relu

Horace, Y, 431 sq

xvi INTRODUCTION

prises avec quelque cas de conscience tragique, les héros de Corneille démontrent aux autres et à eux-mêmes la justesse de leurs principes d'action, et, dans ces longues suites de raisons, ils trouvent un surcroît d'excitation à agir, une force nouvelle pour persévérer dans leur dessein^

C'est, enfin , parce qu'il a écrit des drames purement psychologiques, consacrés à l'étude toute morale de la volonté, que Corneille a été induit à adopter la fameuse règle des trois unités. Combien de fois n'a-t-on pas plaint , tantôt Corneille lui-même entravé, ligotté par les règles1, tantôt ses personnages obligés de piétiner sur place ou de travailler à l'heure et comme la montre en main? Cependant il est de fait que Corneille n'a jamais contesté la valeur des règles : il a pu chicaner les théoriciens de' son temps sur la formule des vingt-quatre heures qui lui paraissait d'une précision trop mathématique, conserver, comme dans ses premières pièces, le système décoratif du moyen âge qui, sur une scène unique, présente à la fois plusieurs lieux particuliers. Mais en somme, les unités de temps .et de lieu lui paraissaient, comme à tous ses contemporains, fondées en raison. Une action dramatique, en effet, n'est forte et saisissante qu'autant qu'elle est concentrée en un minimum de temps et d'espace. S'agit-il en particulier, comme pour Corneille, de peindre des états de volonté"? La force du vouloir tend à se prouver par un acte : c'est l'unité d'action; la détermination se produit dans le for de la conscience, sans nul besoin de décors variés et multiples : c'est l'unité de lieu: la volonté s'affirme en un moment, en une crise où l'homme prend une décision suprême : c'est l'unité de temps. Il faut reconnaître néanmoins que la contrainte des règles est parfois plus sensible chez Corneille que chez Racine : qui ne voit en effet, comme on en a fait plus d'une fois la juste remarque, que les crises foudroyantes de la passion n'ont pas besoin, comme une volonté constante, de temps et d'espace pour produire tous leurs effets?

Si maintenant l'on tenait à résumer d'un mot les lois les plus générales qui semblent régir son théâtre, peut-être faudrait-il s'écarter ici d'une opinion assez répandue. Ce n'est pas, en effet, de mécanisme, mais de dynamisme moral qu'il convient de parler pour désigner ce système drama-

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