‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 232 sur 488 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PAULINE, STRATO.NICE

Va, néglige mes pleurs, cours, et te précipite Au-devant de la mort que les dieux m'ont prédite: Suis cet agent fatal de tes mauvais destins, Qui peut-être te livre aux mains des assassins.

Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes : Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes; 130

Voilà ce qui nous reste, et l'ordinaire effet De l'amour qu'on nous offre, et des vœux qu'on nous fait. Tant qu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines; .Mais après i'hyménée ils sont rois à leur tour1. 1 35

STRATONICE

Polyeucte pour vous ne manque point d'amour;

S'il ne vous traite ici d'entière confidence2,

S'il part malgré vos pleurs, c'est un trait de prudence,

Sans vous en affliger, présumez avec moi

Qu'il est plus à propos qu'il vous cèle pourquoi; ' i io

Assurez-vous" sur lui qu'il en a juste cause.

Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose,

Qu'il soit quelquefois libre, et ne s'abaisse pas

A nous rendre toujours compte de tous ses pas.

On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes traverses: in

1. Ce couplet d'un tour si spirituel et si fin est de ceux dont Voltaire déplorait la familiarité , indigne de la tragédie. Plus loin, le ton lui semblera

tenir du bourgeois, sinon du burlesque, iloins de noblesse, disons-nous aujourd'hui, et plus de vérité :

Page 1