ACTE II, SCENE II
SEVERE
Je veux mourir des miens; aimez-en la mémoire.
PAULINE
Je veux guérir des miens; ils souilleraient ma gloire*1.
SÉVÈRE
Ah! puisque votre gloire en prononce larrèt, Il faut que ma douleur cède à son intérêt. Est-il rien que sur moi cette gloire n'obtienne? Elle me rend les soins que je dois à la mienne. Adieu, je vais chercher au milieu des combats Cette immortalité que donne un beau trépas, Et remplir dignement par une mort pompeuse*, . De mes premiers exploits l'attente avantageuse, Si toutefois, après ce coup mortel du sort, J'ai de la vie assez pour chercher une mort.
PAULINE
Et moi, dont votre vue augmente le supplice, Je l'éviterai même en votre sacrifice; I Et, seule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vais pour vous aux dieux faire des vœux secrets.
SÉVÈRE
Puisse le juste ciel, content* de ma ruine, [Combler d'heur* et de jours Polyeucte et Pauline!
;oo
:;cf;
Puisse trouver Sévère, après tant de malheur, jl'ne félicité digne de sa valeur!
SÉVÈRE
Il la trouvait en vous.
PAULINE
Je dépendais d'un père.
SÉVÈRE
[0 devoir qui me perd et qui me désespère! Adieu, trop vertueux objet*, et trop charmant2.
PAULINE
kdieu, trop malheureux et trop parfait amant.
1. La '/luire d'une femme, c'est au ■irBeptième siècle, le vif sentiment lu'elle a de son honneur et de son fier iittachement au devoir : le mot reient sans cesse dans les lettres de |ilme de Maintenon. Pauline a au plus mât degré le sentiment de sa gloire, de i» dignité morale.
2. Ces adieux qui se prolongent en se renouant sans cesse rappellent la fin non moins déchirante delà première entrevue entre Chimène et Rodrigue. Mais Sévère, associant dans ses vœux Polyeucte à Pauline, montre une hauteur d'âme incomparable.
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