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V. Gr

252 POLYEUCTE

Ne peut plus être retenue Par l'attente du repentir.

Que cependant Félix m'immole à ta colère; Qu'un rival plus puissant éblouisse ses yeux; Qu'aux dépens de ma vie il s'en fasse beau-père. Et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux ' : Je consens, ou plutôt j'aspire' à ma ruine2.

Monde, pour moi tu n'as plus rien :

Je porte en un cœur tout chrétien

Une flamme toute divine;

Et je ne regarde Pauline

Que comme un obstacle à mon bien.

Saintes douceurs du. ciel3, adorables idées*1. Vous remplissez un cœur qui vous peut recevoir : De vos sacrés attraits les âmes possédées Ne conçoivent plus rien qui les puisse émouvoir. Vous promettez beaucoup, et donnez davantage •

Vos biens ne sont point inconstants,

Et l'heureux trépas que j'attends

Ne vous sert que d'un doux passage

Pour nous introduire au partage

Qui nous rend à jamais contents.

C'est vous, ô feu divin que rien ne peut éteindre 1155

Qui m'allez faire voir Pauline sans la craindre.

Je la vois : mais mon cœur, d'un saint zèle enflammé, N'en goûte plus l'appas5 dont il était charmé; Et mes yeux, éclairés des célestes lumières, Ne trouvent plus aux siens leurs grâces coutumières. usa

1. Cette contemplation sublime, accompagnée d'une sorte d'extase prophétique, n'empêche pas Polyeucte de porter sur les hommes les jugements les plus pénétrants. On sait quels sagaces observateurs sont parfois les plus grands mystiques.

2. Admirable paraphrase du Cupio dissoin de l'Apôtre. Cf. le beau vers de d'Aubigne :

Pour aller au martyr ' les pieds deviennent

3. Bossuet n'est pas plus pénétrant quand, à propos de M"8 de la Vallière il parle des chastes douceurs de la grâce

et des célestes attraits que Dieu exerce sur les âmes.

4. Du moment que Polyeucte entrevoit ces idées, c'est-à-dire ces visions adorables de la félicité céleste, la lutte cesse dans son âme subitement apaisée, et une sorte d'illumination sainte succède aux obscurités d'une foi jusque-là combattue. Pas besoin de remarquer la supériorité de ce surnaturel tout intime sur le surnaturel à ciel ouvert, le surnaturel des prodiges et des apparitions, tel qu'on le voit dans les mus/ères du moyen âge et dans le Saint- Genest de Rotrou.

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