SCENE III
POLYEUCTE, PAULINE, gardes
POLTEOCTE
.Madame, quel dessein vous fait me demander? Est-ce pour me combattre, ou pour me seconder? Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite1? Apportez-vous ici la haine, ou l'amitié, nos
Comme mon ennemie, ou ma chère moitié2?
PAULINE
Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même ;
Seul vous vous haïssez, lorsque chacun vous aime;
Seul vous exécutez tout ce que j'ai rêvé* :
Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé. « i~o
A quelque extrémité que votre crime passe,
Vous êtes innocent si vous vous faites grâce.
Daignez considérer le sang dont vous sortez,
Vos grandes actions, vos rares qualités;
Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince, 1 \i.i
Gendre du gouverneur de toute la province,
Je ne vous compte à3 rien le nom de mon époux :
C'est un bonheur pour moi qui n'est pas grand pour vous ;:
Mais après vos exploits, après votre naissance,
Après votre pouvoir, voyez notre espérance; îiso
Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau
Ce qu'à nos justes vœux promet un sort si beau5.
POLYEUCTE
Je considère plus; je sais mes avantages,
Et l'espoir que sur eux forment les grands courages*.
Ils n'aspirent enfin qu'à des biens passagers, 11 85
Que troublent les soucis, que suivent les dangers.
La mort nous les ravit, la fortune s'en joue;
Aujourd'hui dans le trône*, et demain dans la boue;