‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 277 sur 488 · Souplesse de tour propre à · texte numérisé non relu

Souplesse de tour propre à

pièce.

5. Pauline n'a pas songé un instant à se plaindre de la dureté de son mari : dignité personnelle, patriotisme, fidélité conjugale, autant d'arguments qu'elle va lui opposer avec une éloquence toujours grandissante.

lî

POLYEUCTE

Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents,

Que peu de vos Césars en ont joui longtemps. noo

J'ai de l'ambition, mais plus noble et plus belle : Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle, Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin, Au-dessus de l'envie, au-dessus du destin. Est-ce trop l'acheter que d'une triste vie 1 1 M

Qui tantôt, qui soudain me peut être ravie; Qui ne me fait jouir que d'un instant qui fuit, Et ne peut m'assurer de celui qui le soit?

PAULINE

Voilà de vos chrétiens les ridicules songes;

Voilà jusqu'à quel point vous charment 'leurs mensonges;i-200

Tout votre sang est peu pour un bonheur si doux !

Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous?

Vous n'avez pas la vie ainsi qu'un héritage;

Le jour qui vous la donne en même temps l'engage :

Vous la devez au prince, au public, à l'État. 120

POLYEUCTE

Je la voudrais pour eux perdre dans un combat;

Je sais quel en est l'heur % et quelle en est la gloire.

Des aïeux de Décie on Ayante la mémoire;

^Et ce nom, précieux encore à vos Romains,

Au bout de six cents ans lui met l'empire aux mains. fti<

Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne;

Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne :

Si mourir pour son prince est un illustre sort,

Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort I

PAULINE

Quel Dieu!

POLYEUCTE

Tout beau*, Pauline! il entend vos paroles, 1 2 1 : Et ce n'est pas un Dieu comme vos dieux frivoles, Insensibles et sourds, impuissants, mutilés1, De bois, de marbre, ou d'or, comme vous les voulez : C'est le Dieu des chrétiens, c'est le mien, c'est le vôtre; Et la terre et le ciel n'en connaissent point d'autre2. 1-2-20

1. On reconnaît l'admirable persiflage du prophète contre les idoies :

« On eoupe le bois dans la forêt ; la main de l'ouvrier le travaille avec la hache ; on l'embellit avec de l'or et de l'argent, on le fixe avec des clous

et des marteaux pour qu'il ne branle point. Le dieu est comme une colonne massive et il ne parle point : on le porte parce qu'il ne peut marcher! ï (Jér., 10, 3.) 2. Cf. Racine, Eather, vers 1052.

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