ACTE IV, SCÈNE
PAULINE
Adorez-le dans l'âme, et n'en témoignez rien.
POLYEL'i'.TE
Que je sois tout ensemble idolâtre et chrétien!
PAULINE
Ne feignez qu'un moment : laissez partir Sévère, Et donnez lieu d'agir aux bontés de mon père.
POLYEUCTE
Les bontés de mon Dieu sont bien plus à chérir : 11 m'ôte* des périls que j'aurais pu courir, Et, sans me laisser lieu de tourner en arrière, Sa faveur me couronne entrant dans la carrière. Du premier coup de vent il me conduit au port Et, sortant du baptême, il m'envoie à la mort. Si vous pouviez comprendre, et le peu qu'est la vie, Et de quelles douceurs cette mort est suivie!... Mais que sert de parler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n'a pas encor touchés ' ?
PAULINE
Cruel! car il est temps que ma douleur éclate,
Et qu'un juste reproche accable une âme ingrate,
Est-ce là ce beau feu, sont-ce là tes serments?
Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments?
Je ne te parlais point de l'état déplorable
Où ta mort va laisser ta femme inconsolable;
Je croyais que l'amour t'en parlerait assez,
Et je ne voulais pas de sentiments forcés :
Mais cette amour si ferme et si bien méritée
Que tu m'avais promise, et que je t'ai portée,
Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir,
Te peut-elle arracher une larme, un soupir?
Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie :
Tu ne la2 caches pas, tu veux que je la voie;
Et ton cœur, insensible à ces tristes appas,
Se figure un bonheur où je ne serai pas!
C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménée?
Je te suis odieuse après m'être donnée3!
1. Cl- sont précisément les mêmes images que se plaisaient à évoquer les premir-rs chrétiens dans les temps «le persécution et qu'on trouve figurées sur les murs des catacombes :
la couronne, le char, le vaisseau...