‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 346 sur 488 · THEODORE, VIERGE ET MARTYRE · texte numérisé non relu

THEODORE, VIERGE ET MARTYRE

Théodore, qui a fait vœu de virginité, refuse d'épouser Placide, le fils du gouverneur d'Antioehe ; elle est l'épouse mystique de son Dieu ; elle saura tout braver pour lui rester unie.

l'n obstacle éternel à vos désirs s'oppose.

Chrétienne, et sous les lois d'un plus puissant époux

Mais, seigneur, à ce mot ne soyez pas jaloux.

Quelque haute splendeur que vous teniez de Rome,

Il est plus grand que vous; mais ce n'est point un homme.

C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois,

C'est lui qui tient ma foi, c'est lui dont j'ai fait choix;

Et c'est enfin à lui que mes vœux ont donnée

Cette virginité que l'on a condamnée

Qu'on ne lui parle donc plus d'hymen, qu'on ne lui propose même pas de fuir ses bourreaux : ce serait pour elle changer d'infamie.

Mais pour braver Marcelle et m'afïranchir de honte, Il est une autre voie et plus sûre et plus prompte, Que dans l'éternité j'aurais lieu de bénir : La mort; et c'est de vous que je dois l'obtenir. Si vous m'aimez encor, comme j'ose le croire, Vous devez celte grâce à votre propre gloire ; En m'arrachant la mienne, on la va déchirer; C'est votre choix, c'est vous qu'on va déshonorer.

Pour cette noble émule de Polyeucte, comme pour le chrétien Didyme que gagne bientôt cette contagion de l'héroïsme, la passion du martyre prime toutes les autres, et la généreuse folie de la croix éclate chez l'un et l'autre en admirables maximes :

Qui s'apprête à mourir, qui court à ces supplices, N'abaisse point son àme à ces molles délices, Et près de rendre compte à son juge éternel, Il craint d'y porter même un désir criminel... Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice, C'est courir à la vie et non pas au supplice.

On ne s'étonnera pas que ces vers, lus par Bossuet à l'hôtel de Rambouillet, aient excite des applaudissements unanimes; ils firent même regretter qu'il n'eût pas lu la pièce tout entière que Corneille avait achevé, dit-on, de gâter par sa prononciation confuse, sa déclamation pesante et monotone. Lui-même au surplus en faisait l'aveu avec une amusante ingénuité :

Et l'on peut rarement m'écouter sans ennui Que quand je me produis par la bouche d'autrui.

Page 1