ACTE IV, SCÈNE II
Que ce vieillard confie et gloire et liberté
Plutôt au désespoir qu'à l'hospitalité1;
Ces terreurs, ces fureurs* sont de mon artifice.
Quelque appas que lui-même il trouve en Laodice, "iso
('.'est moi qui fais qu'Attale a des yeux comme lui;
C'est moi qui force Rome à lui2 servir d'appui;
De cette seule main part tout ce qui le blesse ;
Et pour venger ce maître et sauver sa maîtresse ,
S'il a tâché, Seigneur, de m'éloigner de vous, lis:;
Tout est trop excusable en un amant jaloux.
Ce faible et vain effort ne touche point mon àme.
Je sais que tout mon crime est d'être votre femme;
Que ce nom seul l'oblige à me persécuter :
Car enfin, hors de là, que peut-il m'imputer? 1 190
Ma voix, depuis dix ans qu'il commande une armée,
A-t-elle refusé d'enfler sa renommée?
Et lorsqu'il l'a fallu puissamment secourir,
Que la moindre longueur l'aurait laissé périr,
Quel autre a mieux pressé les secours nécessaires? 1 195
Qui l'a mieux dégagé de ses destins contraires?
A-t-il eu près de vous un plus soigneux agent
Pour hâter les renforts et d'hommes et d'argent?
Vous le savez, Seigneur, et pour reconnaissance,
Après l'avoir servi de toute ma puissance, 1200
Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous :
Mais tout est excusable en un amant jaloux3;
Je vous l'ai déjà dit.
PRUSIAS
Ingrat! que peux-tu dire4?
MCOMÈDE
Que la reine a pour moi des bontés que j'admire.
Je ne vous dirai point que ces puissants secours 1-205
Dont3 elle a conservé mon honneur et mes jours,
Et qu'avec tant de pompe à vos yeux elle étale,
Travaillaient par ma main à la grandeur d'Attale;
1. Entendez : Qu'Annibal pour sauver sa gloire, sa liberté, recoure au poison (le désespoir) plutôt qu'à l'hospitalité de Prusias.