‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 457 sur 488 · V. Gr · texte numérisé non relu

V. Gr

2. Voltaire s'écrie avec une légitime admiration : « Quelle vérité dans ces

v.ers et quelle force dans leur simplicité! Point d'épithètes, rien de superflu; c"est la raison en vers! »

SERTORIl'S 445

Chacun suit au hasard l'a meilleure ou la pire,

Suivant l'occasion ou la nécessité

Qui l'emporte vers l'un ou vers l'autre côté.

Le plus juste parti, difficile à connaître,

Nous laisse en liberté de nous choisir un maître;

Mais quand ce choix est fait, on ne s'en dédit plus.

J'ai servi sous Sylla du temps de Marius,

Et servirai sous lui tant qu'un destin funeste

De nos divisions soutiendra quelque reste.

Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur,

J'ignore quels projets peut former son bonheur;

S'il les pousse trop loin, moi-même je l'en blâme;

Je lui prête mon bras sans engager mon àme;

Je m'abandonne au cours de sa félicité,

Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté;

Et c'est ce qui me force à garder une place

Qu'usurperaient sans moi l'injustice et l'audace,

Afin que, Sylla mort, ce dangereux pouvoir

Ne tombe qu'en des mains qui sachent leur devoir.

Enfin je sais mon but et vous savez le vôtre.

SERTORIUS

Mais cependant, Seigneur, vous servez comme un autre;

Et nous, qui jugeons tout sur la foi de nos yeux,

Et laissons le dedans à pénétrer aux dieux,

Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Rome

Il n'instruit pas le peuple à prendre la loi d'homme;

Et si votre valeur, sous le pouvoir d'autrui,

Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.

Comme je vous estime, il m'est aisé de croire

Que de la liberté vous feriez votre gloire,

Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux ;

Mais, si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux,

Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître,

Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être.

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