‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 473 sur 488 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

Tragédie-ballet

Psyché est un livret d'opéra composé par Corneille en collaboration avec Molière et Quinault. La part de chaque auteur fut à la vérité fort inégale: Quinault composa les couplets que Lulli devait mettre en musique ; Molière ordonna le plan et brossa le premier acte ; le reste, c'està-dire tout ce qui fait de Psyché un chef-d'œuvre de grâce et de riante poésie, fut l'œuvre de Corneille.

La jeunesse elle-même du poète n'a pas rencontré d'inspiration plus brillance et plus fraîche : la déclaration si naïve et si tendre que Tsyché adresse à l'Amour, la réponse du dieu, les reproches jaloux qu'il lui fait de garder près de lui le souvenir de la maison paternelle sont parmi les pages les plus délicieuses et les plus musicales de notre langue. Mais telle est l'élévation habituelle du génie cornélien, qu'il ne peut traiter un sujet de conte sans l'agrandir ; çà et là, on sent percer à travers la féerie galante de Psyché le poétique symbole qu'était cette fable à l'origine : l'âme humaine punie d'une curiosité coupable par une série d'expiations et parvenant à reconquérir le ciel avec l'aide de l'Amour, lequel d'ailleurs n'a presque plus rien de commun avec le Cupidon de la mythologie. On peut s'en convaincre en écoutant l'Amour se plaindre, avec quelle poésie large et puissante ! des rigueurs de sa mère :

J'ai pleuré, j'ai prié; je soupire et menace, Et perds menaces et soupirs.

PL'LCHERIE 457

Elle ne veut pas voir que de mes déplaisirs Dépend du monde entier l'heureuse ou triste face,

Et que si Psyché perd le jour, Si Psyché n'est à moi, je ne suis plus l'Amour. Oui je romprai mon arc, je briserai mes flèches,

J'éteindrai jusqu'à mon flambeau.

Je laisserai languir la nature au tombeau.

On a dit avec raison que Psyché fut pour Corneille comme l'été de la Saint-Martin : ce furent les derniers rayons, mais non les moins doux, du soleil couchant.

PULCHÉRIE

Comédie héroïque

Cette pièce que Voltaire déclarait t ridiculement écrite » contiendrait, au contraire, si l'on en croit Corneille lui-même, quelques-uns de ses plus beaux vers. La vérité est qu'elle offre de belles et savantes études de caractère : des passions héroïques et des sentiments de demi-teinte, l'amour impérieux et fier de l'impératrice Pulchérie pour Léon, et la tendresse profonde et discrète du vieux sénateur Martian pour sa souveraine. La beauté du style répond en plus d'un passage à cette forte et pénétrante psychologie. Il suffit de citer les premiers vers, où Pulchérie se fait connaître :

Je vous aime, Léon, et n'en fais point mvstère ;

Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il faille taire.

Je vous aime, et non point de cette folle ardeur

Que les yeux éblouis font maîtresse du cœur,

Non d'un amour conçu par les sens en tumulte,

A qui l'âme applaudit sans qu'elle se consulte;

Et qui ne concevant que d'aveugles désirs,

Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs :

Ma passion pour vous, généreuse et solide,

A la vertu pour âme, et la raison pour guide,

La gloire pour objet, et veut sous votre loi

Mettre en ce jour illustre et l'univers et moi.

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