SURENA
Mais Léon est trop jeune; Pulchcrie craint d'être blâmée en lui donnant et sa main et l'empire. Elle épousera donc le vieux Martian, fier de ses cheveux blancs et fort de sa faiblesse; c'est un choix qu'approuvera dans sa tombe le grand Théodose, son aïeul :
Mon aïeul, dont partout les hauts faits retentissent,
Voudra bien qu'avec moi ses descendants finissent,
Que j'en sois la dernière, et ferme dignement
D'un si grand empereur l'auguste monument...
Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre,
Qui des Césars pour moi puisse grossir le nombre;
Un mari qui content d'être au dessus des rois,
Me donne ses clartés et dispense mes lois;
Qui n'étant en effet que mon premier ministre...
Paraisse mon époux et n'en ait que le nom.
Vous m'entendez, Seigneur, et c'est assez vous dire. Prêtez-moi votre main, je vous donne l'empire.
Ce n'est pas sans raison que Corneille jugeait ce vers un des plus beaux qu'il eût jamais faits. Pulchérie, au surplus, abonde en vers cornéliens admirablement frappés. Mais ce n'est pas la première fois que de beaux vers sont comme la rançon d'une œuvre mal venue, où l'ensemble est sacrifié aux détails et la conception générale du plan à l'effet des morceaux d'éclat.