GÉNÉRAL DES PARTHES
Tragédie
La dernière pièce de Corneille passa presque inaperçue. Ni l'obscure histoire des Parthes au temps de Crassus, ni la fade intrigue qui met aux prises « un Suréna galant et un Pacorus dameret » ne pouvaient réussir à intéresser le public. Corneille comprit qu'il était temps de prendre congé de la scène qu'il avait si longtemps illustrée, et il se retira, après avoir trouvé encore quelques fiers accents à prêter à son dernier héros.
SIR EN A 4o9
Qu"on veuille mon é'pée, ou qu'on veuille ma tête, Dites un mot, Seigneur, et l'une et l'autre est prête : Je n'ai goutte de sang qui ne soit à mon roi : Et si l'on m'ose perdre, il perdra plus que moi. J'ai vécu pour ma gloire autant qu'il fallait vivre. Et laisse un grand exemple à qui pourra me suivre; Mais si vous me livrez à vos chagrins jaloux, Je n'aurai pas peut-être assez vécu pour vous.
Corneille, dans une belle épitre à Louis XIV. disait, en demandant au roi d'encourager ses derniers travaux :
Achève : les derniers n'ont rien qui dégénère. Rien qui les fasse croire enfants d'un autre père.
Othon et Sunna
Ne sont pas des cadets indignes de Cinna.
Il aurait pu citer à l'appui ce vers admirable de Surina, digne d'être comparé aux plus beaux traits de sa jeunesse :
Non, je ne pleure pas, madame, mais je meurs.
Ce sont de tels vers, plus fréquents qu'on ne le croit d'ordinaire dans les dernières pièces de Corneille, qui rappelaient à M0"" de Sévigné les premières émotions littéraires de sa jeunesse, aux beaux jours déjà lointains du Cid ou de Polyevcte, et qui faisaient jaillir moins encore de son esprit que de son cœur cet enthousiaste mais juste éloge de son vieil ami Corneille : « Vive donc notre vieil ami Corneille! Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent. Ce sont des traits de maitre qui sont inimitables. »