Les Hébreux, auxquels le poète s'adresse
Prête à mes longs soupirs cette oreille attentive
Qui n'entend point sans secourir; Jette sur les élans d'une douleur si vive Cet œil qui ne peut voir de maux sans les guérir.
Pour grands que soient les miens, je le dis à ma honte,
Seigneur, je les ai mérités; Mais qui subsistera, si tu demandes conte De tout l'emportement de nos iniquités?
Auprès de ta justice il est une clémence
Que souvent tu choisis pour loi :
Elle est inépuisable, et c'est son indulgence Qui m'a fait jusqu'ici subsister devant toi.
Je me suis soutenu, Seigneur, sur ta parole,
Dans ce que je n'ai su parer.
Un Dieu n'afflige point qu'ensuite il ne console : C'est ce que tes bontés m'ordonnent d'espérer.
Espère ainsi que moi, peuple de la Judée :
Fils de Jacob, espérez tous.
Et du matin au soir, gardez la sainte idée D'espérer en sa grâce en craignant son courroux.
Gloire au Père éternel, la première des causes !
Gloire au Fils, à l'Esprit divin !
Et telle qu'elle était avant toutes les choses, Telle soit-elle encor maintenant et sans fin !
Pour qui voudra bien y réfléchir, la carrière poétique de Corneille ne pouvait, comme sa vie elle-même, recevoir un plus pur et plus harmonieux couronnement que ces beaux vers inspirés par la religion. Celui qui n'avait rempli ses premiers chefs-d'œuvre que des plus nobles maximes de dignité morale, de dévoûment, de devoir et de sacrifice, ne faisait que se montrer fidèle à lui-même quand il offrait le tribut de ses derniers vers au Dieu qui résume en lui ces « adorables idées », et les « saintes douceurs » qui avaient enchanté sa jeune imagination au temps de Polyeucte se trouvaient être encore la consolation de sa vieillesse, avant de devenir, tel était son suprême espoir, son partage éternel au delà du tombeau. S'il est vrai, comme on l'a dit, que rien n'est tel pour assurer l'unité d'une belle vie qu'un noble idéal conçu dans la jeunesse et réalisé dans tout le cours de l'existence, il n'est pas de vie plus une ni plus belle que celle de notre grand Corneille.