‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 480 sur 488 · PETITE GRAMMAIRE DE LA LANGUE DE CORNEILLE · texte numérisé non relu

PETITE GRAMMAIRE DE LA LANGUE DE CORNEILLE

Bien que Corneille ait, comme tous les grands écrivains, sa langue à lui, on peut dire que nul n'a respecte plus scrupuleusement l'orthographe et la syntaxe de son temps. A chaque édition de ses ouvrages, il se corrige avec le plus grand soin en tenant compte des changements introduits par l'usage. Résumer sa grammaire, c'est donc résumeraussi celle de ses contemporains.

1. Formes grammaticales. — Les formes grammaticales sont en général

les mêmes qu'aujourd'hui. Exe. qu'il aye, que je die, subj. d'avoir, de dire; }'oirai,]'envoirai, fut. de ouïr, d'envoyer ; je voi, je reçoi, orthographe conforme à l'éty inologie ; avecque qui commence à vieillir et que Corneille corrige ici et là; conte pour compte et réciproquement, en raison de la môme racine (compulare); abjel , pour abject, par analogie avec sujet; appas au singulier pour appât, etc.

2. Substantif. — Amour, foudre, sont indifféremment des deux genres.

3. Les noms abstraits s'emploient fréquemment au pluriel : contente-

ments, rages, hontes, penser s (infinitif verbal très fréquent).

4. Article. — L'article est fréquemment supprimé : 1° devant un subs-

tantif : J'ai tendresse pour toi, j'ai passion pour elle; 2° devant l'adj. même; 3° devant le superlatif qui semble ainsi se confondre avec un comparatif, comme en italien.

.';. Adjectif. — L'adjectif admet, comme en latin, des compléments : savant de, rigoureux à, cruel à, etc.

tî. Mon estime veut dire l'estime qu'on a pour moi, ou l'estime que j'ai pour un autre; de même mon obéissance, mon intérêt, etc.

7. Même se place indifféremment avant ou après le mot : Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu ?

s. Tout est toujours adjectif et s'accorde dans tous les cas: tous languissants. — Tous les deux s'emploie devant un substantif.

0. Pronom. — Les pronoms de la 3° personne peuvent représenter un nom indéterminé. Tu le fais avec joie, tu ne la caches pas.

10. Le est parfois neutre comme dans l'emporter, l'entendre. Autrement, il est toujours variable, en dépit de Vaugelas.

11. On place le pronom personnel le plus loin possible de l'infinitif qui le régit : Il le peut élever, il le peut mettre à bas. Le premier des deux verbes devient ainsi comme un véritable auxiliaire.

12. Se, soi, s'emploient, comme en latin pour représenter le sujet de la phrase : Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose.

13. Le pronome/? : 1° s'applique, comme aussi le pronom y, aussi bien aux personnes qu'aux choses : J'en ai fait un martyr; 2° il rappelle le sens général d'une phrase (Pol., 405); 3° il s'explique par là dessus et semble former un pléonasme. {Nicomède, 10'»x. i

Page 1