SCÈNE PREMIÈRE
D. RODRIGUE, CHIMEXE
i.HIMÈXE
Quoi! Rodrigue, en plein jour! d'où te vient cette audace ' ? Va, tu me perds d'honneur ; retire-toi , de grâce. i MS
D. RODRIGUE
Je vais mourir, Madame, et vous viens en ce lieu,
Avant le coup mortel, dire un dernier adieu:
Cet immuable amour qui sous vos lois m'engage
N'ose accepter ma mort sans vous en faire hommage. 1470
CHIMÈNE
Tu vas mourir!
D. RODRIGUE
Je cours à ces heureux moments Qui vont livrer ma vie à vos ressentiments.
CHIMÈNE
Tu vas mourir! Don Sanche est-il si redoutable.
Qu'il donne l'épouvante à ce cœur indomptable?
Qui t'a rendu si faible"? ou qui le rend si fort? aïs
Rodrigue va combattre, et se croit déjà mort.
Celui qui n'a pas craint les Maures, ni mon père,
Va combattre don Sanche. et déjà désespère!
Ainsi donc au besoin * ton courage s'abat2!
D. RODRIGUE
Je cours à mon supplice, et non pas au combat; 1480
Et ma fidèle ardeur sait bien m'ôter l'envie,
Quand vous cherchez ma mort, de défendre ma vie.
J'ai toujours même cœur; mais je n'ai point de bras
Quand il faut conserver ce qui ne vous plait pas:
Et déjà cette nuit m'aurait été mortelle.
Si j'eusse combattu pour ma seule querelle ' :
.Mai< défendant mon roi. son peuple, et mon pays.
1. Cette seconde entrevue de Rodrigue et de Chiméne. qni n'est pas dans le drame espagnol, est précisépjtat le point culminant de la pièce fran-
çaise. On notera qu'en cet instant solennel Rodrigue cesse de tutoyer Chiméne.