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Pour prix d'une victoire où je perds ce cpie j'aime,
Je lui laisse mon bien; qu'il me laisse à moi-même;
Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment,
Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant. n-io
D. DIÈGÙE
Enfin elle aime, sire, et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime '.
D. FERNAND
Chimène , sors d'erreur, ton amant n'est pas mort ; Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.
D. SANCHE
Sire, un peu. trop d'ardeur malgré moi l'a déçue2 :
Je venais du combat lui raconter l'issue.
Ce généreux guerrier, dont son cœur est charmé * ,
« Ne crains rien (m'a-t-il dit, quand il m'a désarmé)
« Je laisserais plutôt la victoire incertaine,
« Que de répandre un sang hasardé pour Chimène;
« Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du Roi ,
« Va de notre combat l'entretenir pour moi ,
« De la part du vainqueur lui porter ton épée. »
Sire, j'y suis venu : cet objet l'a trompée;
Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour; nus
Et soudain sa colère a trahi son amour
Avec tant de transport et tant d'impatience,
Que je n'ai pu gagner un moment d'audience.
Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux;
Et malgré l'intérêt de mon cœur amoureux, i700
Perdant infiniment, j'aime encor ma défaite,
Qui fait le beau succès* d'une amour si parfaite.
D. FEKNAND
Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu ,
Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu :
Une louable honte en vain t'en sollicite; i~6S
Ta gloire* est dégagée, et ton devoir est quitte;
Ton père est satisfait, et c'était le venger
Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.
Tu vois comme le ciel autrement en dispose.
1. Il est curieux Je voir don Diègue, si rigoureux sur le point d'honneur quand il s'agit de sa race, absoudre l'amour de Chimène avec l'inconscient égoïsme de l'affection paternelle.
2. Don Sanche va donc pouvoir placer un mot, et nous expliquer, assez confusément d'ailleurs, le prétendu devoir qui a obligé Rodrigue de s'éleigner.