‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 120 sur 373 · ACTE IV, S;CÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, S;CÈNE

ELPHORBE.

11 l'a ju^'t^ Irop grand pour ne pas s'en punir.

A peine du palais il a pu revenir,

Que les yeux égarés et le regard farouche,

Le cœur gros de soupirs, les sanglots à la bouehe.

Il déteste sa vie et ce complot maudit,

M'en apprend l'ordre entier tel que je vous l'ai dit ;

Et m'ayant commandé que je vous avertisse,

Il ajoute : « Dis-lui (|ue je me fais justice,

« Que je n'ignore point ce que j'ai mérité. »

Puis soudain dans le Tibre il s'est précipité ;

Et l'eau grosse et rapide, et la nuit assez noire.

M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire.

ALGLSTE.

.Sous ce pressant remords il a trop succombé. Il s'est à mes bontés lui-même dérobé; II n'est crime envers moi qu'un repentir n'efface : Mais puisqu'il a voulu renoncer à ma grâce, Allez pourvoir c^u reste, et faites qu'on ait soin De tenir en lieu sûr ce fidèle témoin.

scem: II

AUGUSTE, seul.

Ciel, à qui voulez-vous désormais cp.ie je fie Les secrets de mon âme et le soin de ma vie! Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis, Si donnant des sujets il ùle les amis, Si tel est le destin des grandeurs souveraines Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des Et si votre rigueur les condamne à chérir [haines, Ceux que vous animez à les faire périr. [dre.

Pour elles rien n'estsùr ; qui peut tout doit toutcrain- Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. Quoi 1 lu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné 1 Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné. De combien ont rougi les champs de Macédoine, Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexte, et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants; Remets dans ton esprit, après tant de carnages, De tes proscriptions les sanglantes images. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau, Au sein de ton tuteur enfonças le couteau;

142 CINNA, THAGliDIK.

Et puis ose accuser le destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton siip- Et que, par ton exemple à ta perte guidés, [plice' Us violent des droits que tu n"as pas gardés! Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise: Quitte ta dignité comme lu l'as acquise; Rends un sang infidèle à l'infidélité.

Et soulTre des ingrats après l'avoir été.

Mais que mon jugement au besoin m'abandonne! Quelle fureur, Cinna, m'accuse et le pardonne, Toi, dont la ti'aliison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont lu me veux punir. Me traite en criminel, el fait seule mon crime, Relève pour l'abattre un trône illégitime. Et, d'un zèle elfronté couvrant son attentat. S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'État? Donc jusqu'à l'oublier je pourrais me contraindre! Tu vivrais eu repos a|irès m'avoir fait craindre! Non, non, je me trahis moi-même d'y penser: Qui pardonne aisément invite à l'ollenser; Punissons l'assassin, proscrivons les complices.

Mais quoi ! toujours du sang, el toujours dessup- Ma cruauté se lasse, el ne peut s'arrêter ; [plices! Je veux me faire craindre et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre lifip fertile; Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits, el non plus assurés. Octave, n'attends ]»Ius le coup d'un nouveau Brute; Meurs, el dérobe-lui la gloire de la chute ; Meurs; tu ferais y)our vivre un lâche et vain eflforl, Si tant de gens de co-ur font des vœux pour ta mort. Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour le faire périr tour à tour s'intéresse; Meurs, puisque c'est un mal »jue tu ne peux guérir ; Meursenfin,puis(pril fautou toutf)erdre, ou niourii-. La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste; Meurs, mais quitte du moins la vie avec éclat. Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingr.at, A toi-même en mouianl immole ce perfide; Contentant ses désirs, j)unisson parricide; Fais un tourment pour lui de Ion propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas: Mais jouissons plutAI nous-même de sa peine;

ACTK IV, SCiONE m 1^3

Kt si Homo iiousli;iil tiioiii|tlions desa haine. 0 Hoiiiains! ù veiieeance ! ù fiouvoir absolu! 0 rip'Oiiroux coinliat d'un cœur irrésolu ui fuit ou mr/nc temps tout ce qu'il se propose! D'un prince niallieureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-jesuivre, et dui|UL^l m'élolj-Mn-r ? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régrner.

SCE.NE m

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