‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 146 sur 373 · SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN

Oui, je l'aime, Sévère, et n'en fais point d'excuse; Que toute autre que moi vous flatte et vous abuse, Pauline a l'àme noble et parle à cœur ouvert.

Le bruit devolremortn'estpointce qui vousperd; Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée, A vos seules vertus je me serais donnée, Et toute la rigueur de votre premier sort (Contre votre mérite eût fait un vain edbrt ; Je découvrais en vous d'assez illustres marques Pour vous préférer même aux plus heureux monar-

[ques :

Mais puisque mon devoir m'imposait d'autres lois. De quelque amant pour moi que mon père eût fait

[choix, Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne, Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï, J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi, Et sur mes passions ma raison souveraine EûL blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.

SÉVÈRE

Que vous êtes heureuse! et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs!

Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue, Les plus grands changements vous trouvent résolue ; De la plus forte ardeur vous portez vos esprits, Jusqu'à l'indifférence, et peut-être au mépris Et votre fermeté fait succéder sans peine La faveur au dédain, et l'amour à la haine. Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue M'aurait déjà guéri de vous avoir perdue. Ma raison pourrait tout sur l'amour alTaibli ; Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli ; Et, mon feu désormais se réglant sur le vôtre, Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre. 0 trop aimable objet, qui m'avez trop charmé. Est-ce là comme on aime, et m'avez -vous aimé ?

PAULINE

Je vous l'ai trop fait voir, seigneur, et si mon âme Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme. Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments ! Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments ; Mais, quelque autorité que sur eux elle ait prise, Elle n'y règne pas, elle les tyrannise ; Et, quoique le dehors soit sans émotion. Le dedans n'est que trouble et que sédition ; Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte; Votre mérite est grand, si ma raison est forte : Je le vois, encor tel qu'il alluma mes feux, D'autant plus puissamment solliciter mes vœux Qu'il est environné de puissance et de gloire, Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, Quej'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu Le généreux espoir que j'en avais conçu. Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome, El qui me range ici dessous les lois d'un homme, Repousse encor si bien l'effort de tant d'appas. Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranlé pas ; C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle, Que vous louiez alors en blasphémant contre elle : Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueur Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur, Et voyez qu'undevoir moins ferme et moins sincère N'aurait pas mérité l'amour du grand Sévère.

SÉVÈRE

Ail ! madajne, excusez une aveugle douleur

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