ACTE 11^ SCENE
Qui ne connaît plus rien que l'excès du malheur : Je nommais inconstance, et prenais pour un crime,- Dece juste devoir l'effort le plus sublime. De grâce, montrez moins à mes sens dcsolés La grandeur de ma perte et ce que vous valez; Et cachant par pitié cette vertu si rare. Qui redouble mes feux lorsqu'elle nous sépare, Faites voir des défauts qui puissent à leur toui- Affaiblir ma douleur avec (jue mon amour.
l'ALLINK.
Hélas! cette vertu, quoique enfin invincible, Ne laisse que trop voir une âme trop sensible. Ces pleurs en sont témoins, et ces lâches sou|)irs Qu'arrachent de nos feux les cruels souvenirs: Trop rigoureux effets d'une aimable présence Contre qui mon devoir a trop peu de défense ! Mais si vous estimez ce vertueux devoir, Conservez-m'en la gloire, et cessez de me voir. Épargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte, Épargnez-moi des feux qu'à regret je surmonte; Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens, Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.
SÉVÈRE
Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste!
PALLINE.
Sauvez-vous d'une vue à tous les deux funeste.
SÉVÈRE
Quel prix de mon amour ! quel fruit de mes travaux î
PAULINE
C'est le remède seul qui peut guérir nos maux.
SÉVÈRE
Je veux mourir des miens; aimez-en la mémoire.
PAULINE
Je veux guérir des miens ; ils souilleraient ma gloire.
Et remplir dignement, par une mort pompeuse, Cette immortalité que donne un beau trépas, Adieu: je vais checher au milieu des combats Elle me rend les soins que je dois à la mienne. Est-il rien que sur moi cette gloire n'obtienne? Il faut que ma douleur cède à son intérêt. Ah! puisque vore gloire en prononce l'arrêt. De mes premiers exploits l'attente avantageuse; Si toutefois, après ce coup mortel du sort," J'ai de la vie assez pour chercher une mort.
nS POLYEUCTE, TRAGÉDIE CHRÉTIENNE.
PAULTNE.
Et moi, dontvotre vue augmente lesiipplice,
Je l'éviterai même en votre sacrifice ;
Et, seule dans ma chambre enfermant mesregrets,
Je vais pour vous aux dieux faire des vœux secrets.
SÉVÈRE
Puisse le juste ciel, content de ma ruine. Combler d'heur et de jours P0I3 euclc et Pauline !
PAULINE
Puisse trouver Se vt're, après tant de malheur, Une félicitô dig-ne de sa valeur!
SÉVÈRE
Il la trouvait en vous.
PAULINE
Je dépendais d'un père.
0 devoir qui me perd et qui me désespère ! Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant.
PAULINE
Adieu, trop malheureux et trop parfait amant.
SGÉNEIII PAULINE, STRATONICE.
siRATONiCE. [mes;
Je vous plaint tous deux, j'en verse encor des lar- Maisdu moins voire esprit est hors de ses alarmes ; Vous voyez clairement que votre songe est vain ; Sévère ne vient pas la vengeance à la main.
PAULINE
Laisse-moi respirer du moins, si tu m'as plainte: Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte ; SoiiiTre un peu de relâche à mes esprits troublés, Et ne m'accable point par des maux redoublés.
STRATONICE
Quoi ! vous craignez encor ?
PAULINE
Je tremble, Slratonice; Et, bien que je m'effraye avec peu de justice, Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L'image des malheurs que j'ai vus cette nuit.
STRATONICE
Sévère est généreux.