‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 11 sur 619 · SCÈNE III1 LE COMTE, DON DIÈGCfi · texte numérisé non relu

SCÈNE III1 LE COMTE, DON DIÈGCfi

LE COMTE

Enfin tous remportez, et la faveur du Roi Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi : Il vous fait gouverneur du prince de Castille.

MMf DIÉGUE.

Cette marque d'honneur qu'il met dans ma famille

Montre à tous qu'il est juste, et fait connoître assez 155

Qu'il sait récompenser les services passés.

LE COMTE

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ; y Et ce choix sert de preuvje à tous les courtisans A v ;' ' *" Qu'ils savent mal payer les services présenta. / '160

DON DIÈGDE.

Ne parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irrite

La faveur la pu faire autant que le mérite ;

Mais on doit ce respect au pouvoir absolu *,

De n'examiner rien quand un roi Ta voulu.

A l'honneur qu'il m'a fait ajoutez-en un autre5; *-'-<*-* 165

Joignons d'un sacré nœud ma maison à la vôtre :

1. « Aujourd'hui, dit Voltaire, dans son Commentaire sur Corneille, publié en 1764, quand les comédiens représentent cette pièce, ils commencent par cette scène. H parait qu'ils ont trèsgrand tort ; car peut-on s'intéresser à la querelle du Comte et de don Diégue, si on n'est pas instruit des amours de leurs enfants? L'affront que Gormas fait a don Diégue est un coup de théâtre, quand on espère qu'ils vont conclure le mariage deChiméne avei Rodrigue. Ce n'est point jouer le Cid, c'est in»uiler son auteur,

Sue de le tronquer ainsi. On ne devrait pas permettre aux comélens d'altérer ainsi les ouvrages qu'ils représentent. » — Suites mutilations et les changements qu'on s'est permis dans le texte et dans la représentation du Cid, voyez ci-dessus, p. 12, note Z; et au tomel" du Concilie de M. Marty -La veaux, p. 49-52. la fin de la Notice sur le Cid.

2. Var. Vous choisissant peut-être on eût pu mieux choisir ; liais le Roi m'a trouvé plus propre à son désir. (1651-66)

3. Vor.A l'honneur qu'on m'a fait ajoutex-en un autre. (1660 et 63)

Vous n'avez qu'une fille, et moi je n'ai qu'un fils1; Leur hymen nous peut rendre à jamais plus qu'amis •• ^fctc- Faites-nous cette grâce, et l'acceptez pour gendre. *

LE COMTE

A des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre; 170

Et le nouvel éclat de votre digniié ' ' Lui doit enJler le cœur d'une autre vanité*.

Exercez-la, Monsieur, et gouvernez le Prince : Montrez-lui comme il faut régir une province, / , Faire trembler partout les peuples sous sa lof, 175

•" / f Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi. Joignez à ces vertus celles d'un capitaine : Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine. Dans le métier de Mars se rendre sans égal, Passer les jours entiers et les nuits à cheval, 480

Reposer tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu'à soi le gain d'une bataille. Instruisez-le d'exemple, et rendez-le parlait*, Expliquant à ses yeux vos leçons par l'effet.

DON DIÈGUE

f'tSt o .( Pour s'instruire d'exemple, ç^dépjtjie l'envie, 185

Il lira seulement l'histoire de ma viè7~ ; ^ Là, dans un long ti§£u. de belles actions4,

. Il verra comme il faut dompter des nations, £ <* .<<..<

Attaquer une place, ordonner une armée *,

Et sur de grands exploits bâtir sa renommée. 190

LE COUTE

Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir6;

Un prince dans un livre apprend mal son devoir.

Et qu'a fait après tout ce grand nombre d'années,

Que ne puisse égaler une de mes journées?

Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd'hui, 195

Et ce bras du Royaume est le plus ferme oppjui. *"•*■ / ffh

Grenade et l'Ara go n tremblent quand ce fer brille t,\ ^^

Mon nom sert de rompait à toute la Gastille •

1. Var. Rodrigue aime Chimêne, et ce digne sujet De ses affections est le plus cher objet : Consentez-y, Monsieur, et l'acceptez pour gendre.

ls comte. A de plus hauts partis Rodrigue doit prétendre.

2. Var. Lui doit bien mettre au cœur une autre vanité. (1657-

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