‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 150 sur 619 · ACTE V, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IIL

Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds; 1570 Et quand la renommée a passé l'ordinaire, Si l'on n'en veut déchoir, il faut ne plus rien faire1.

Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre Majesté, Sire, a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde, 1575

Qu'une autre occasion à celle-ci réponde, Et que tout mon courage, après de si grands coups, Parvienne à des succès qui n aillent au-dessous, Si bien que pour laisser une illustre mémoire, La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire . 1580 Encor la falloit-il sitôt que j'eus vaincu, Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu. Un homme tel que moi voit sa gloire ternie, Quand il tombe en péril de quelque ignominie ; Et ma main auroit su déjà m'en garantir; 1585

Mais sans voire congé mon sang n'ose sortir . Comme il vous appartient, votre aveu doit se prendre; C'est vous le dérober qu'autrement le répandre. Rome ne manque point de généreux guerriers ; Assez d'autres sans moi soutiendront vos lauriers ; 1 590 Que Votre Majesté désormais m'en dispense ; Et si ce que j'ai fait vaut quelque récompense, Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqueur Je m'immole i ma gloire, et non pas à ma sœur.

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