ACTE V, SCÈNE IIL
Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds; 1570 Et quand la renommée a passé l'ordinaire, Si l'on n'en veut déchoir, il faut ne plus rien faire1.
Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre Majesté, Sire, a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde, 1575
Qu'une autre occasion à celle-ci réponde, Et que tout mon courage, après de si grands coups, Parvienne à des succès qui n aillent au-dessous, Si bien que pour laisser une illustre mémoire, La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire . 1580 Encor la falloit-il sitôt que j'eus vaincu, Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu. Un homme tel que moi voit sa gloire ternie, Quand il tombe en péril de quelque ignominie ; Et ma main auroit su déjà m'en garantir; 1585
Mais sans voire congé mon sang n'ose sortir . Comme il vous appartient, votre aveu doit se prendre; C'est vous le dérober qu'autrement le répandre. Rome ne manque point de généreux guerriers ; Assez d'autres sans moi soutiendront vos lauriers ; 1 590 Que Votre Majesté désormais m'en dispense ; Et si ce que j'ai fait vaut quelque récompense, Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqueur Je m'immole i ma gloire, et non pas à ma sœur.