‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 163 sur 619 · EXTRAIT DE SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE SÉNÈQUE

(de Clementia, livre I, chap. ix)

Divus Augustus mitis fuit princeps, si quis illura a principatu suo aestimare incipiaU In. communi quidera republica 4, duodevicesiraum egressus annum, jara pugiones in sinu amicorum absconderat, jam insidiis H. Antonii consulis latus petierat, jam fuerat collega proscription i s ; sed quum annum quadragesimum transisset, et in Gallia moraretur1, delatum est ad eura indicium, L. Cinnara, stotidi ingenii virum, insidias ei struere. Dictum est et ubi, et quando, et queroadmodum aggredi vellet. Unus ex consciis de fer ebat; statuit se ab eo vindicare. Consilium amicorum advocari jussit. Nox illi inquiéta erat, quum cogitaret adolescentem nobilem, hoc detracto integrum, Cn. Pompeii nepotem, damnandùm. Jam unum hominem occidere non pot erat, quum M. Antonio proscriptionis edictum inter cœnam dictarat. Geraens subinde voces varias emittebat et inter se contrarias : • Quid ergo ? ego percussorem meura securum arabulare patiar, me sollicita ? Ergo non dabit pœnas, qui tôt civilibus bellis frustra petitum caput, tôt navalibus, tôt pedestribus prœliis incolume, postquam terra marique pax parta est, non occidere constituât, sed immolare? » Nam sacrificantem placuerat adoriri. Rursus silentio interposito, majore multo Toce sibi quara Cinna irascebatur : « Quid vivis, si perire te ta m multorum interestf Quis finis erit suppliciorum ? quis sanguinisf Ego sum nobilibus adolescentulis expositum caput, in quod mucrones acuant Non est tanti vita, si, ut ego non peream, tam multa perdenda sunt. » Interpellavit tandem illum Livia uxor, et :

1. Corneille a omis ici quelques mots. void quel est le texte de Sénèque : In communi quiim repvblicé §l*4iun tnovit : quum hoc mtatit met quod tu mine ts (il s'adresse à Néron), iuodevieesimum, etc. Dans le reste du morceau, l'édition suivie par Corneille ne diffère que par un petit nombre de leçons, insignifiante* pour la plupart, du texte des impressions les plus modernes.

S. L'an de Rome 738. Auguste étoit alors âgé de quarante-huit ans. Dion Cassras, qui rapporte la même anecdote (liv. LV, chap. xiv-xxii), dit que la chose arriva dans Rome, l'an 757. Corneille a suivi Dion pour le lieu de la scène; mais pour la date il s'en rapporte plutôt i Sénèque, puisqu'il donne pour père ï Jbnilie C. Toranius, qui fut proscrit par les triumvirs et périt par leur ordre, l'an de Rome 711

pio, Murena ; Egnatius, Caepio : commence à expérimenter comment te succéderont la donlceur et la clémence. Cinna est convaincu, pardonne-luy; de te nuire désormais, il ne pourra, et proufltera à ta gloire. » Auguste feut bien ayse d'avoir trouvé un advocat de son humeur, et ayant remercié sa femme, et contremandé ses amis qu'il a voit assignez au conseil, commanda qu'on feist venir à luy Cinna tout seul ; et ayant faict sortir tout le monde de sa chambre, et faict donner un siège à Cinna, il luy parla en cette manière : « En premier lieu, ie te demande, Cinna, paisible audience; n'interromps pas mon parler : ie te donray temps et loisir d'y respondre. Tu sçais, Cinna, que t'ayant prins au camp de mes ennemis, non seulement t'estant faict mon enneray, mais estant nay tel, ie te sauvay, ie te meis entre mains touts tes biens, et t'ay enfin rendu si accommodé et si aysé, que les victorieux sont envieux de la condition du vaincu : l'office du sacerdoce que tu me demandas, ie te l'octroyay, l'ayant refusé à d'aultres, desquels les pères avoyent tousiours combattu avecques moy. T'ayant si fort obligé, tu as entreprins de me tuer. » A quoy Cinna s'estant escrié qu'il estoit bien esloingné d'une si meschante pensée : « Tu ne me tiens pas, Cinna, ce que tu m'a vois promis, suyvit Auguste ;jtu m'avois asseuré que ie ne seroy pas interrompu. Ouy, tu as entreprins de me tuer en tel lieu, tel iour, en telle compaignie, et de telle façon. » Et le veoyanl transi de ces nouvelles, et en silence, non plus pour tenir le marché de se taire, mais de la presse de sa conscience : « Pourquoy, adiousta il, le faitu ? Est-ce pour estre empereur ? Vrayement il va bien mal à la chose publicque, s'il n'y a que moy qui t'empesche d'arriver à l'empire. Tu ne peux pas seulement deffendre ta maison, et perdis dernièrement un procez par la faveur d'un simple libertin*. Quoy? n'as-tu pas moyen ny pouvoir en aultre chose qu'à entreprendre César? le le quitte, s'il n'y a que moy qui empesche tes espérances. Penses tu que Paulus, que Fabius, que les Cosseens et Serviliens te souffrent, et une si grande troupe de nobles, non seulement nobles de nom, mais qui par leur vertu honnorent leur noblesse f » Apres plusieurs aultres propos (car il parla à luy plus de deux heures entières) : « Or va, luy dict il, ie te donne, Cinna, la vie à traistre et à parricide, que le te donnay aultrefois à ennemy ; que l'amitié commence de ce iourd'huy entre nous ; essayons qui de nous deux dé meilleure foy, moi t'aye donné ta vie, ou tn l'ayes receue. » Et se despartit d'à vecques luy en cette manière. Quelque temps après, il luy donna le consulat, se plaignant

1. « Affranchi, du mot latin libertus, ou liberttnus; car ce dernier ne vent pas dire, comme on l'a cru longtemps, fils d'affranchi » (Nota <UM. U Clerc sur Montaigne.)

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