ACTE I, SCÈNE III
Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible.
Quand je songe aux dangers que je lui fais courir ',
La crainte de sa mort me fait déjà mourir ; 120
Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose ;
Je veux et ne veux pas, je m'emporte et je n'ose ;
Et mon devoir confus, languissant, étonné,
Cède aux rébellions de mon cœur mutiné.
Tout beau, ma passion, deviens un peu moins forte, 125 Tu vois bien des hasards, ils sont grands, mais n'importe : Cinna n'est pas perdu pour être hasardé. De quelques légions qu'Auguste soit gardé, Quelque soin qu'il se donne et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise sa vie est maître de la sienne1. 130
Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit ; La vertu nous y jette» et la gloire le suit. Quoi qu'il en soit, qu'Auguste ou que Cinna périsse, Aux mânes paternels je dois ce sacrifice; Cinna me Ta promis en recevant ma foi, 135
Et ce coup seul aussi le rend digne de moi. Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire. Aujourd'hui 1 on s'assemble, aujourd'hui Ton conspire ; L'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui : Et c'est à faire enfin à mourir après lui. 140