CINNA, EMILIE, FULV1E
EMILIE
Mais le voici qui vient. Cinna, votre assemblée Par l'effroi du péril n'est-elle point troublée 5 ? Et reconnoissez-vous au front de vos amis Qu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis ?
Jamais contre un tyran entreprise conçue 145
Ne permit d'espérer une si belle issue ; Jamais de telle ardeur on n'en jura la mort4,
l.Far. Quand je songe aux hasards que je lui fais courir.
(1643-56) 2. Quiêquù vitmm conUmptit, tu» dominut est. (Sénèque, Êpttre !▼.) !
5. Var. Des grandeurs du péril n'est-elle point troublée ?j1 643-56) A. Var. Jamaié de telle ardeur on ne jura sa mort. (164^-56) ^
18a CIXNA.
Et jamais conjurés ne furent mieux d'accord ;
Tous s'y montrent portés avec tant d'allégresse,
Qu'ils semblent, comme moi, servir une maîtresse * ; 450
Et tous font éclater un si puissant courroux,
Qu'ils semblent tous venger un père, comme tous.
éhilie.
Je Pavois bien prévu, que pour un tel ouvrage Cinna*sauroit choisir des hommes de courage, Et ne remettroit pas en de mauvaises mains 155
L'intérêt d'Emilie et celui des Romains.
Plût aux Dieux que vous-même eussiez vu de quel zèle
Cette troupe entreprend une action si belle 1
Au seul nom de César, d'Auguste, et d'empereur,
Vous eussiez tu leurs yeux s'enflammer de fureur*, 160
Et dans un même instant, par un effet contraire,
Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère.
c Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux
Qui doit conclure enfin nos desseins généreux :
Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome, 165
Et son salut dépend de la perte d'un homme,
Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d'humain,
A ce tigre altéré de tout le sang romain.
Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues!
Combien de fois changé de partis et de ligues, 170
Tantôt ami d'Antoine, et tantôt ennemi,
Et jamais insolent ni cruel à demi 1 »
Là, par un long récit de toutes les misères
Que durant notre enfance ont enduré nos pères,
Renouvelant leur haine avec leur souvenir, 175
Je redouble en leurs cœurs l'ardeur de le punir.
Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles
Où Rome par ses mains déchiroit ses entrailles,
Où l'aigle abattoit l'aigle, et de chaque côté
Nos légions s'armoient contre leur liberté ; 180
Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves *
Mettoient toute leur gloire à devenir esclaves;
1. Var. Qu'ils semblent, comme moi, venger une maltresse. (1643)
2. Var. Vous eussiez vu leurs yeux s'allumer de fureur. (1643-56)
3. Var. Où le but des soldats et des chefs les plus braves Êtoit d'être vainqueurs pour devenir esclaves;
Où chacun trahissoit, aux yeux de l'univers, Soi-même et son pays, pour assurer ses fers, Et tâchant d'acquérir avec le nom de traître L'abominable honneur de lui donner un maître. (1643-36) Au second vers de cette variante, l'édition de 1643 a c'étûit.et non itoxt. '