ACTE II, SCÈNE I
Si de ses pleins effets l'infamie est le prix1 1
Je veux bien avouer qu'une action si belle
Donne à Rome bien plus que vous ne tenez d'elle ; 470
Hais commet-on un crime indigne de pardon *,
Quand la reconnoissance est au-dessus du don?
Suivez, suivez, Seigneur, le ciel qui vous inspire :
Votre gloire redouble à mépriser l'empire ;
Et vous serez fameux chez la postérité, 475
Moins pour l'avoir conquis que pour l'avoir quitté.
Le honneur peut conduire à la grandeur suprême ;
Mais pour y renoncer il faut la vertu même ;
Et peu de généreux vont jusqu'à dédaigner,
Après un sceptre acquis, la douceur de régner. 480
Considérez d'ailleurs que vous régnez dans Rome, Où, de quelque façon que votre cour vous nomme, On hait la monarchie ; et le nom d'empereur, Cachant celui de roi, ne fait pas moins d'horreur. Us passent * pour tyran quiconque s'y fait maître ; Qui le sert, pour esclave . et qui l'aime, pour traître ; Qui le souffre a le cœur lâche, mol, abattu, Et pour s'en affranchir tout s'appelle vertu Vous en avez, Seigneur, des preuves troj certaines : On a fait contre vous dix entreprises vaines ; 490
Peutrêtre que l'onzième est prête d'éclater, Et que ce mouvement qui vous vient agiter N'est qu'un avis secret que le ciel vous envoie. Qui pour vous conserver n'a plus que cette voie. Ne vous exposez plus à ces fameux revers. 495
Il est beau de mourir maître de l'univers ; Hais la plus belle mort souille notre mémoire, Quand noua avons pu vivre et croître notre gloire *.