SCÈNE II
C1NNÀ, MAXIME
MAXIME
Vous me semblez pensif.
cnnxk.
Ce n'est pas sans sujet. 795
Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet1 ?
cnntk, Emilie et César l'un et l'autre me gêne : L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine. Plût aux Dieux que César employât mieux ses soins*, Et s'en fit plus aimer, ou m'aimât un peu moins; 800
Que sa bonté touchât la beauté qui me charme, Et la pût adoucir comme elle me désarme I Je sens au fond du cœur mille remords cuisants*, Qui rendent â mes yeux tous ses bienfaits présents; ' Cette faveur si pleine, et si mal reconnue, 805
Par un mortel reproche à tous moments me tue. Il me semble surtout incessamment le voir Déposer en nos mains son absolu pouvoir, Écouter nos avis, m'applaudir, et me dire : t Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire ; 810
Mais je le retiendrai pour vous en faire part ; » Et je puis dans son sein enfoncer un poignard !
Ah ! plutôt... Mais, hélas! j'idolâtre Emilie; Un serment exécrable â sa haine me lie; L'horreur qu'elle a de lui me le rend odieux : 815
Des deux côtés j'offense et ma gloire et les Dieux ; Je deviens sacrilège, ou je suis parricide, Et vers l'un ou vers l'autre il faut être perfide.
MAXIME
Vous n'aviez point tantôt ces agitations;
Tous paroissiez plus ferme en vos intentions; 820
Vous ne senties au cœur ni remords ni reproche,
1 . Var. D'un penser si profond quel est le triste objet? (1643-56)